Une vue excentrée

Regards de la périphérie

3ème rencontre des marianne de la diversité : du gros mot de vertu (1/3)

Posted by olivier_anthore on 2nd mai 2011

Vous trouverez dans cet article la première partie d’un billet que j’ai préféré découper en trois parties pour le rendre plus agréable à lire.

J’ai eu le grand plaisir d’être invité mercredi 27avril à l’assemblée nationale pour assister aux troisièmes rencontres des Marianne de la diversités. A l’initiative de Mme Fadila Mehal, des personnalités marquantes invitées ont débattues entre elles et avec la salle sur le lien entre laïcité et émancipation des femmes. L’ensemble des débats était intéressant, j’ai eu cependant envie de réfléchir sur des aspects que le manque de temps n’ont pas permis d’aborder.

En effet, lors des débats, j’ai très souvent pensé aux mots de vertu et de désir.

Ces mots, souvent contradictoire dans notre esprit, me semblent pourtant liés, et même noués, dans le sens où ils peuvent expliquer une partie des problématiques actuelles.

Parmi les intervenantes, j’ai été très impressionné par les interventions de Mme Blandine Kriegel. Tout d’abord par le lien qu’elle faisait entre laïcité et émancipation des femmes. Elle reconnaissait qu’en soit les religions n’avaient pas une vocation à l’asservissement des femmes, mais elle pointait aussi qu’elles composaient très bien avec les archaïsmes des sociétés existantes. Parmi ces archaïsmes était le maintien  de l’état de sujétion des femmes. La laïcité apparaissait comme la voie rapide de sortie de cette sujétion.

En l’écoutant, ma première interrogation s’est faite sur le lien entre laïcité, liberté des femmes et   moralité sans oublier le gros mot de vertu.

Cette réflexion m’est venue en me souvenant de l’insistance de Robespierre sur l’impératif de vertu. A ce moment, l’État français connu sa première tentative de se détacher de la religion d’état qu’était devenu le catholicisme. Il semblait à ce moment que pour quelqu’un comme Robespierre la sortie du religieux laissait la porte ouverte à un néant redoutable. C’est ce qui justifia entre autre la création du culte de l’être suprême et de la vertu.

Plus tard lors du XIXème siècle, la tentative de mettre en place un culte alternatif à la religion chrétienne est restée même estompée. Cette trace se retrouve dans la canonisation laïque de Pasteur entre autres. Tout se passait comme si l’abandon d’une morale transcendante devait s’accompagner par l’établissement d’une morale publique pour tenir ensemble tous les membres de la société.

Ceci ne pouvait se maintenir que si un besoin existait. La question qui se pose est alors si ce n’est pas la négation de ce besoin de morale et de vertu qui pose aujourd’hui problème à une partie de la population quand on parle de laïcité.

Pour préciser, ce qui choque et pose problème serait le relativisme moral confondu avec la laïcité.

Or, la laïcité pour exister ne peut pas être un relativisme moral. En effet, l’espace public ne pourrait alors plus exister. Chacun voulant conformer l’espace publique à sa vision du moral, il n’y aurait plus de partage possible et donc plus d’espace public.

Mais, comme témoignait Fawzia Zouari, c’est pourtant à ce relativisme que les adversaires de la laïcité tentent de la ramener. Elle citait l’exemple d’un imam expliquant que la laïcité signifiait mariage homosexuel. Ce qui était en jeu là n’était pas la valeur de ce type de mariage mais la volonté de confondre laïcité avec la mise à bas de tous repères ce qui est la conséquence du relativisme moral.

Il m’apparaît qu’un des points délaissés, et qui devrait servir de base à l’institution de la laïcité, est l’établissement de cette morale public. Pris de ce point de vue, l’émancipation de la femme ne doit qu’accidentellement à la laïcité : elle doit beaucoup plus au rétablissement de la femme dans la plénitude de ses droits moraux vis à vis des hommes.

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Ne laisser personne sur le bord du chemin

Posted by olivier_anthore on 10th mars 2011

Vous trouverez ci-dessous la partie détaillée du programme Modem pour le Val de Marne. Ce programme donne les grandes lignes directrices que je souhaite défendre.

Oui, nous sommes tous d’accord pour dire qu’il faut ‘changer les mentalités’ sur le handicap. Il est maintenant temps d’agir. Le Conseil général a la possibilité d’œuvrer pour le bien de tous, en évitant toute  « discrimination » . Agir efficacement c’est garder en mémoire que ce qui est fait pour les citoyens ne peut se faire sans eux.

1 – INSERTION SOCIALE ET PROFESSIONNELLE

Evaluation des perspectives d’emploi et mise en place de mesures le favorisant

1.1 – Création par les départements d’un organisme extérieur indépendant des administrations et associations gestionnaires pour l’évaluation des perspectives d’emploi. Organisme prenant en compte les notions de situation de handicap et de vieillissement (influence potentielle de l’âge sur une prise de décision et donc liée à l’efficacité et à la sécurité d’une action, ainsi qu’influence réelle de l’âge sur le physique).

1.2 – Financement par le FIPHFP (Fonds d’Insertion des Personnes Handicapées dans la Fonction Publique) des formations nécessaires à la qualification des personnels des MDPH (Maisons Départementales des Personnes Handicapées), souvent bien mal préparées.

1.3 – Dynamisation de la politique des services destinés aux personnes dépendantes (handicapées et âgées) améliorant ainsi la situation de l’emploi dans le département, et en France.

–          Encourager et aider pour cela à la création de cabinets de santé de proximité : aides-soignants libéraux plus adaptés aux soins de nursing lorsque les compétences des infirmiers ne sont pas spécialement requises. Cette action élargirait sans conteste la clientèle potentielle d’autres acteurs libéraux tels les médecins généralistes, les ergothérapeutes, les ostéopathes, les kinésithérapeutes, les infirmiers, les sociologues, et assistantes sociales… .

1.4 – Dans le cadre d’un programme Etat/Région/Départements/Villes, favoriser l’implantation dans chaque commune ou groupement de communes de plus de 20 000habitants, de maisons / appartements familiaux et indépendants intégrés en milieu urbain ou rural, susceptibles d’offrir entre autres, aux parents âgés la possibilité de continuer à vivre avec leur enfant adulte handicapé.

1.5 – La mise en oeuvre d’un partenariat entre collectivités locales devrait permettre une mutualisation des efforts faits pour l’accessibilité/adaptabilité des bâtiments dont elles ont la charge (baisse de coûts garantis par l’importance des marchés proposés).

1.6 – Application stricte de la loi pour rendre accessibles les collèges dans le très court terme (1 à 2 ans) par tous moyens ou technologies modernes (même mobiles), en laissant jouer l’imagination et la compétence pragmatique plutôt que la sophistication aléatoire à surcoûts non maîtrisés, en attendant la mise en conformité exigée à l’horizon2015.

1.7 – Subordonner l’octroi d’aides publiques à la prise en compte de l’accessibilité pour la voirie et les aménagements des espaces publics ainsi que les lieux essentiels dont il est propriétaire (loi du 13 août 2004) ou a la responsabilité.

1.8 – Application sans dérogations de la loi sur l’accessibilité des locaux publics et lieux de travail, et favorisation par allègements fiscaux de tous moyens permettant de dynamiser l’emploi des personnes handicapées. (Les normes prévues dans le Code de la Construction pour les équipements, et bâtiments publics, concernant les personnes handicapées, doivent devenir la norme standard. Il est à noter l’économie substantielle qui serait faite par la Collectivité).

2.- HEBERGEMENT

2.1 – Prise en compte des mêmes données par le Code de la Construction en ce qui concerne les logements collectifs : les normes « spécifiques pour personnes handicapées » devenant unique référence, et/ou norme standard. Développement au même titre que la HQE (Haute Qualité Environnementale) de la norme HQU (Haute Qualité d’Usage).

–          Ainsi, l’ascenseur doit être obligatoire, bien entendu accessible et adapté, les dimensions des logements et leurs équipements accessibles à tous (largeur de porte et de couloir, sens d’ouverture des portes de l’intérieur vers l’extérieur, etc…).

–          De même, les équipements sanitaires de ces logements doivent être ceux prévus, actuellement, pour des « logements adaptés ». Une telle conception de la construction doit permettre un « logement durable » du citoyen. Les coûts s’en trouveraient réduits évitant ainsi l’obligation de produire pour une population spécifique.

2.2 – En attendant le logement collectif prévu pour tous : budgétisation d’enveloppes départementales permettant l’octroi de financements spécifiques « HLM adaptables » aux locataires âgés, handicapés et/ou à mobilité réduite.

2.3 – Création de structures d’accueil plus nombreuses (dans les conditions définies dans le programme du Collectif des Démocrates Handicapés) et développement des structures temporaires de jour qui permettraient aux familles de ‘souffler’.

2.4 – Mise en oeuvre de crédits conséquents pour la remise en état et l’humanisation des établissements accueillant autant les personnes âgées que des enfants et adultes handicapés.

Chaque personne hébergée dans un établissement devrait pouvoir disposer d’un petit appartement privé, de deux pièces, lui permettant de recevoir, voire d’héberger temporairement sa famille ou ses amis ou permettre une vie de couple.

3.- AMENAGEMENT DE L’ESPACE ET EQUIPEMENT

Si, en premier lieu, doivent être gérées les conditions pour une accessibilité « physique », l’accessibilité géographique est aussi à prendre en considération et à banaliser et à intégrer systématiquement.

L’usager doit être pris en considération comme ‘entité intégrale’ : il n’y a pas ‘d’usager handicapé ou âgé’, ce sont les bâtiments qui sont handicapés par rapport aux citoyens. Il n’existe que des usagers-citoyens libres et égaux ; pour en avoir la confirmation, il suffit de se rapporter à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen établie en 1793.

D’où la nécessité, pour le Mouvement Démocrate, de développer une véritable politique ergonomique de l’espace où l’accessibilité/adaptabilité doit être la même pour tous. Accessibilité/adaptabilité qui doit être prise en considération pour tous y compris bien entendu tous les types de handicaps (physiques, sensoriels, mentaux et même l’âge) et dans toute l’étendue de la société et du cadre de vie.

Il est impératif que l’on ait une conception nouvelle de l’urbanisme, avec comme priorité la satisfaction de l’individu et de son bien-être. Il est dommageable que l’élaboration d’une construction et/ou d’une réhabilitation ne prenne pas comme point de départ fondamental les besoins de l’utilisateur.

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Evacuation d’un camps Roms de Créteil

Posted by olivier_anthore on 6th novembre 2010

Lors d’un billet précédent, j’ai eu l’occasion de parler de la décision d’évacuation de deux camps Roms sur le canton Ouest.

Mercredi 3 Novembre au matin, pas moins de 15 cars de CRS ont pris position devant le plus petit des deux camps. 50 personnes ont été évacuées dans le calme et sans violences. La décision de justice a donc été appliquée en moins d’une semaine.

Le deuxième camps, plus grand, bénéficierai d’un sursis jusqu’à au moins le mois d’avril.

La préfecture a fourni un hébergement provisoire en hôtel pour les familles. A charge pour elles de s’en trouver un autre dans les huit jours. Les autres, essentiellement des hommes seuls, se sont vus notifiés une injonction à quitter le territoire dans les 30 jours.

Les associations et le comité de soutien, tous présents lors de l’évacuation du camps, œuvrent maintenant pour voir avec les Roms les suites à donner.

La loi a été appliquée mais, quel est finalement le résultat de cette évacuation ?

Le temps de l’hébergement provisoire, les familles ont certes une amélioration de leurs conditions de vies. Si on laisse de coté la scolarisation des enfants.

Les autres eux attendent la fin des trente jours réglementaires dans les allées d’un centre commercial au pied du palais de justice. Ils n’ont nulle part d’autre où aller.

En fait, en fouillant dans les poubelles et avec la solidarité des passants, ils arrivent à peu près à se nourrir. Ce qu’il leur manque le plus est un endroit tranquille pour dormir et leur, relatif, éclatement les rends plus difficile à suivre pour les associations.

La loi a été respectée avec une célérité qui force l’admiration. Le problème reste cependant entier car s’ils n’occupent plus illégalement le terrain de l’état, ils n’envisagent tout simplement pas de retourner dans leur pays d’origine.

Il serait temps que le gouvernement sorte des incantations sécuritaires et se décide à gérer le problème à la racine. Il s’agit ici de population européenne qu’il faut intégrer. Que ce soit en France, en Roumanie, en Bulgarie ou en Hongrie, ces peuples vivent parmi nous depuis des siècles.

Leur intégration en France a pris du temps et n’est certainement pas parfaite. Mais finalement, le constat est que les « gens du voyage », comme les nomme l’administration, sont maintenant une partie intégrée de la communauté nationale. Je n’y vois, pour ma part, que le résultat de la facilitation à l’accès à l’enseignement. Il n’y a pas de raison que ce qui a déjà fonctionné ne fonctionne pas à nouveau.

Mais pour cela il faut le courage d’aller au fond des choses et de ne pas rester dans un traitement purement de surface. Et aussi une hauteur de vision qui permet de penser les choses dans la durée et pas sur l’instant.

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Dimanche avec Urgence Renouveau Haïti

Posted by olivier_anthore on 3rd novembre 2010

Dimanche, j’ai eu l’immense plaisir d’être invité à une manifestation culturelle organisée par l’association Urgence Renouveau Haïti.

Cette association a été crée à la suite du choc au sein de la diaspora haïtienne occasionné par le tremblement de terre du 12 janvier dernier. Ce qui est frappant dans cette association, c’est qu’elle est issue aussi bien de la fierté haïtienne que de l’ouverture à toutes les bonnes volontés. Tout ceci dans le but de changer le destin de l’ile et d’accomplir ce projet de la première république noire indépendante.

Dans la philosophie qui anime les membres de cette association, il y a autant la volonté de donner aux Haïtiens eux-mêmes les moyens de redresser leur pays que de donner à tous une occasion d’aider concrètement.

Cette manifestation était l’occasion de célébrer la culture haïtienne à travers la musique, les peintures, les témoignages des haïtiens présents et de constater les plaies passées et présentes de l’ile.

Il n’y avait ni colère ni ressentiment mais une constatation froide du résultat de ces années. Il y avait aussi la volonté ferme de changer les choses, à un petit niveau certes, avec la conviction que cela finira par engendrer de grands changements.

Dans le bilan qui a été fait des actions, il y avait bien entendu le constat sur les difficultés d’agir malgré un gouvernement dépassé par les événements mais il y avait surtout cette volonté de reconstruire à travers des projets petits mais solides et utiles.

Lorsque l’on regardait ces hommes et ces femmes, Haïtien d’origine ou Français, tous soucieux de faire œuvre utile envers ceux qui ont eu moins de chances qu’eux, on ne peut être que confiant dans l’avenir.

Ce fut pour moi un grand moment d’émotion et un bain salutaire pour rappeler toutes les valeurs de l’engagement collectif dans une cause humaine. Cause qui permet de rassembler au-delà des clivages pour le bien de tous.

L’adresse du site de l’association Urgence Renouveau Haïti : http://www.renouveauhaiti.com/actualite.html

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Ceux qui restent

Posted by olivier_anthore on 11th octobre 2010

Vous trouverez ici l’éditorial de ma lettre cantonale du mois d’août.

La trêve estivale tire à sa fin. On ne peut qu’espérer que le plus haut sommet de l’état retrouve la sérénité qui devrait être la sienne. Cette sérénité et la raison qui auraient dû étouffer dans l’oeuf de vaines polémiques pour que le débat se concentre sur les vrais sujets.

Dans l’indifférence quasi générale, peu de place a été faite au plan canicule et aux actions de terrain pour apaiser les quartiers sensibles. Car si une minorité décide de rester, la
majorité de ceux qui restent en ville le font par obligation.

Si pour les jeunes des animations sont prévues, ces animations, qui s’apparentent souvent à de la bonne conscience, ne tiennent que tant que les départements et les communes sont en capacité de les financer. Et la tentation est grande, dans le cadre de la réorganisation
des Directions Départementales de la Jeunesse et des Sports, de faire des économies.

Mais plus inquiétante est la situation des personnes fragiles vivant seules. Depuis 2003, un effort a été fait, financé en partie par lajournée de solidarité, pour l’équipement des structures d’accueil.
Seulement ces fonds alimentent essentiellement des structures telles que les maisons médicalisées. Ironiquement c’est dans ses maisons que la canicule de 2003 s’est avérée la moins
meurtrière.
Pour autant, la situation des personnes préférant rester indépendantes n’est pas vraiment réglée. Chaque commune maintient un registre où peuvent s’inscrire les personnes fragiles afin de se faire connaître pour les plans canicules.
Cependant, l’information sur l’existence de ce registre et les conditions d’inscription ne
sont pas connues par tous et rien n’est fait pour un recensement réel des besoins.
Finalement, comme trop souvent, les pouvoirs publics se contentent d’annonce de mesures
en se gardant bien de parler moyens.

Ceux qui restent font rarement parler d’eux sauf, malheureusement, quand il est trop tard.

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Retour sur un débat à propos de l’économie sociale et solidaire

Posted by olivier_anthore on 6th juillet 2010

L’intérêt de s’impliquer dans la vie politique est qu’il y a rarement un moment où vous pouvez vous poser pour réfléchir et prendre du recul. La faible fréquence de mes billets sur ce blog n’en est qu’une faible illustration.

Le danger bien entendu est de sombrer assez rapidement dans la dimension purement technique et de ne plus contribuer que pour ses aspects techniques et organisationnels.

Une des phrase qui définit le mieux ce que doit être la politique, je l’ai entendu lors d’une conférence TED : danser sur des flammes tout en regardant la grosse vague venir.

Il y a là selon moi toute la contradiction de la politique qui consiste à gérer le quotidien sans oublier de regarder suffisamment loin dans le futur pour anticiper le gros problème à venir. L’expression montre aussi toute la difficulté de savoir tenir cette position et, si vous voulez vous en convaincre, tentez juste de danser sur des flammes.

Pour garder l’œil sur l’avenir, nous organisons avec la section Modem de Créteil des débats publics sur des sujets divers : la décentralisation, le grand Paris, etc…. Un compte-rendu synthétique de l’avant dernier entretien est disponible en ligne.

Les débats étaient intéressants, et j’y ai participé activement. Je voudrais compléter ma réflexion par rapport à ce qui en a été retranscrit.

L’impression globale est que l’économie sociale et solidaire ne peut vivre que dans un cadre plus global d’économie de marché. Les intervenants ont insistés sur le fait que cette économie ne pouvait pas se substituée à l’économie de marché mais venait la compléter en permettant à des populations paupérisée d’accéder à des outils de marché.

Vu comme cela, c’est assez séduisant mais ça devient plus gênant quand, pour expliquer le succès de la Grammeen Bank et du microcrédit en Inde, les intervenants nous ont expliqué que ce qui assure un taux de remboursement meilleur que dans les banques classiques est l’utilisation de la pression sociale. En clair, en prêtant une somme à un habitant d’un village, tous les villageois sont intéressés à ce que l’emprunteur rembourse et mettent « la pression » car sinon ils risquent de ne pas pouvoir bénéficier du crédit.

En Europe, où la culture urbaine nous a affranchis d’une bonne partie de la pression sociale, cela sonne comme un retour en arrière.

A cela se rajoute que la manière dont les dossiers d’emprunt sont gérés donne l’impression que même si l’emprunteur est responsabilisé, la manière dont il est suivi montre que la frontière est ténue entre le suivi et le contrôle.

A contrario, mettant en avant ce contrôle, les intervenants ne nous ont pas vraiment rassuré sur le fait que ce type d’économie ne peut pas être elle aussi prise de folie.

Une chose qui doit nous rester à l’esprit est que les subprimes, de sinistre mémoire, sont à la base des outils d’accès à la propriété pour les plus pauvres. Les banques Fanny Mae et Freddie Mac, dont les faillites ont contribuées au mouvement de paniques bancaires de 2008, étaient elles aussi des banques à « vocations sociales » créées par le gouvernement américain.

J’en reviens sur une position que m’a enseignée la lecture d’Henry Mintzberg : le problème n’est pas de savoir qui est le propriétaire, l’état ou un actionnaire privé, ni même le but de l’organisation, le social ou le profit. Le problème est que dès que quelque chose devient trop gros, plus aucunes règles ne permet de garantir ni l’efficacité ni la fiabilité d’une organisation. Too big will fail…

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Lettre Texane

Posted by olivier_anthore on 25th mars 2010

Au moment où j’écris ces mots Hank Skinner est encore vivant. Son histoire est hallucinante dans une démocratie car, pour endosser la faute d’un crime, un coupable a été désigné. Qu’il soit l’auteur ou non de ce crime importe peu : il a été désigné comme coupable et la justice de son pays l’a condamné à mort.

S’il vous faut une preuve de cette affirmation qui peut paraitre choquante, elle vient d’être apportée par la cour suprême des États-Unis trois quart d’heure avant l’heure prévue de son exécution. En accordant un sursis pour vérifier la recevabilité comme preuve d’un cheveu trouvé sur le lieu du crime, elle considère que ce qui, en bonne logique, aurait du être considéré comme un élément nécessaire à la manifestation complète de la vérité a été écarté de l’enquête.

Cela montre aussi qu’il ne peut y avoir de bonne justice là où il y a la peine de mort. C’est la seule peine qui ne peut être révisée, avec elle, il ne peut y avoir d’erreur mais uniquement des fautes.

En France, où le fonctionnement de notre justice peut être tout autant critiqué, nous échappons à cette faute grâce à cette loi Badinter qui reste un grand moment de notre république. Pour autant, à la lumière de la réforme à venir de notre justice, nous devrions regarder attentivement ce type d’affaire.

En effet, sans détenir la vérité, nous pouvons faire une hypothèse légitime sur l’innocence de M. Skinner. Quel mécanisme peut ainsi entrainer un homme à être désigné coupable en écartant systématiquement toute hypothèse alternative ?

Au Texas, si le parquet est indépendant, il ne mène que l’enquête qu’à charge avec l’aide de la police locale. Or, cette police est très loin de porter M. Skinner dans son cœur. Cela peut expliquer des négligences dans la manière de trouver des arguments à décharge.

Face au parquet, l’accusé doit avec l’aide de ses avocats trouver les arguments et les preuves pour défendre sa cause.

Lutte qui peut être extrêmement inégale selon les moyens dont chaque camp peut disposer. De quoi mettre en doute la capacité d’un juge et d’un jury pour trier le bon grain de l’ivraie si, par exemple, on ne leur présente que des preuves à charges et que l’accusé est incapable de réunir les preuves à décharge.

Cette organisation est celle vers laquelle la justice française risque d’être entrainée. Avec la différence de taille que le procureur n’aura pas l’indépendance dont les procureurs américains peuvent se targuer.

Ne nous trompons pas de combat, il s’agit de la vie d’un homme condamné à mort sans avoir eu le droit à un procès équitable. Mais s’élever contre la condamnation d’Hank Skinner, c’est aussi lutter pour la liberté de tous : un peuple qui accepte une condamnation dans ses conditions à plus à craindre de la justice qu’à en espérer. Que ce soit au Texas ou à Outreau.

Liens intéressants :

Site officiel d’Hank Skinner

Portrait d’Hank Skinner sur le site abolition.fr

Sursis pour Skinner, euphorie devant la prison de Huntsville (LCI)

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Les gratte ciel ne montent pas jusqu’au ciel

Posted by olivier_anthore on 25th janvier 2010

argent

En ce moment le landerneau médiatique bruis des rumeurs du « lâchage » éventuel de M. Proglio par le gouvernement. Outre que si lâchage il y a il ne s’agirait en fait d’arrêter que ce qui apparait comme insoutenable pour l’opinion publique, on peut se poser beaucoup de questions sur la manière dont toute cette affaire se déroule et les messages que cela envoi.

Car enfin, ce Monsieur très honorable n’est pas un voleur de grand chemin. Sa rémunération chez Veolia, il ne l’a pas fixé mais elle a été votée par un conseil d’administration. Sa nomination à la tête d’EDF a été négociée avec un gouvernement qui était à la fois pleinement conscient de sa double casquette et de sa rémunération. Et enfin, cerise sur le gâteau de la démocratie représentative, ce monsieur s’est aussi expliqué de sa situation devant les commissions ad hoc des deux assemblées.

Mais las ! Le peuple ronchonne, le peuple grogne et le fait savoir par tous les moyens. Cela gêne et sous la contrainte électorale, devant la connerie générale comme le dit M. Santini avec cette élégance qui le caractérise, un geste est fait. Geste très symbolique cependant car portant sur quelques 400 mille euros et préservant la retraite chapeau du sieur portant sur un montant de 13 millions d’euros. Comme il le dit si bien lui-même, dans cette période difficile pour beaucoup on peut comprendre que cela choque.

Ce qui est intéressant est d’analyser les arguments qui ont pu être donné pour justifier ces rémunérations pharaoniques. Elles sont de deux ordres, la première la comparaison et la deuxième la menace.

La comparaison tout d’abord. Il s’agit de minimiser les gains de ces messieurs, les femmes étant pour le moment écartées de ce milieu très fermé, en les comparant à ceux des artistes et des sportifs. C’est oublier que dans ces domaines règne en seul maitre le talent. Une baisse de forme créatrice, une bête blessure et le héros d’hier descend irrémédiablement aux enfers de l’oubli. Pour eux ni golden parachute ni retraite chapeau. Un artiste qui a connu son heure de gloire n’a très souvent pour se refaire que le vague espoir d’un retour de nostalgie. Un sportif blessé qu’une reconversion dans l’encadrement sportif . Et encore, ce n’est pas à la portée de tous.

La menace ensuite est de voir ces gens absolument unique fuir à l’étranger pour obtenir des rémunérations digne d’eux. Ma première remarque est qu’il est étonnant qu’aussi peu de ces génies ne nous a été déjà débauchés par des sociétés américaines qui savent si bien valoriser ces talents. Faut-il y voir une nouvelle marque de l’anti-France si virulente outre-Atlantique ? Je remarque aussi le très petit nombre de femme. Faut-il se résoudre à admettre que la qualité qui fait de vous un « super dirigeant » n’est majoritairement possédée que par le sexe fort ?

De mauvaises langues pourraient s’imaginer que ces postes ne s’obtiennent finalement que par cooptation au sein d’un cercle très fermé de gens issus des mêmes milieux. Mais foin de basses polémiques, admettons qu’il existe cette caste essentiellement masculine de gens particulièrement doué capable de faire gagner leur entreprise.

La question se pose alors de savoir comment rémunérer justement des talents aussi rares. Car aussi démesurée que peut sembler la rémunération d’un artiste ou d’un sportif, je peux constater l’efficacité de son travail tous les jours. Je peux douter des qualités artistiques d’un Johnny Halliday, mais puis-je contester sa capacité à émouvoir des foules par la seule force de son aura ? Je peux ne pas aimer le football mais puis-je contester les performances d’un Nicolas Anelka ?

Mais, me direz vous, il suffit de regarder les performances des entreprises que ces gens dirigent ! Elles parlent d’elles-mêmes. Oui, hélas. Comme le remarque Martin Hirsch, les entreprises qui ont connu la meilleure performance boursière sont celles dont les patrons sont les moins bien payés.

Le monde continue de tourner mais après nous avoir promis durant toute l’année 2009 que le capitalisme allait changer, il serait peut être temps de commencer à le faire changer. Et pourquoi pas en fixant une règle limitant les revenus ? Les gratte ciel eux mêmes ne montent pas jusqu’au ciel.

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Ceux qui traversent l’eau

Posted by olivier_anthore on 10th novembre 2009

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Nous venons, en grandes pompes, de célébrer les 20 ans de la chute du mur de Berlin, et notre grand président, ou M. Guaino, n’a pas manqué l’occasion de signaler qu’il restait des murs à faire tomber à travers le monde.

Beaucoup, à cette occasion ont pensé au mur qu’Israël érigeait pour se séparer de la la Palestine. D’autres, peut être, auront pensé au mur de séparation entre catholique et protestant en Irlande du Nord.

Mais combien ont pensé à ce mur quasi-invisible et bien plus meurtrier que le mur de Berlin qui entoure l’Europe ? Face au 300 morts du mur de la honte (1 135 selon certaines sources) pendant toute son existence que valent les plus de 900 morts rien qu’en Espagne en 2007, de la forteresse Europe ?

Je me souviens d’une conversation, avec un ami américain datant de 2006, alors que la France et les Etats Unis prenaient parallélement des décisions concernant l’immigration. A l’époque cet ami me disait : « Oui, je suis pour que tous ceux qui le veulent viennent aux Etats Unis et y travaillent et s’y construisent une meilleure vie pour eux même mais ils doivent être tenus aux même règles que ceux qui y ont toujours vécu sinon c’est injuste. C’est le plus gros problème avec ça, la drogue ou la porte ouverte aux terroristes c’est secondaire et ne laisse pas GW te dire autre chose. Les taxes c’est tout ce qu’il veut. »

Le point de vue français lui est de considéré que l’immigré vient forcément profiter de notre système et ne peut qu’occasionnellement apporter au pays d’accueil. Cette vision a commencé à être exposé par Michel Rocard avec son tristement célèbre : « La France ne peut accueillir toute la misère du monde » dont le complément trop souvent oublié « , mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part.» ne corrige qu’à peine l’utilisation qui en a été faite.

Cependant, il serait injuste de penser que cette mentalité est propre à la France, de nombreux pays européen ont la même attitude vis à vis de l’immigration. En effet, dans notre construction et de par notre histoire, chaque pays européen est fermement convaincu qu’il est composé de population qui ont toujours vécu dans ses frontières. Les invasions barbares et les mouvements de populations qui ont jalonné l’histoire européenne ne semblent réveiller aucun souvenir. Qui aime d’ailleurs se rappeler ces périodes rarement heureuses ?

L’autre point, c’est que nous avons basé toute notre société sur un système protégeant le citoyen et lui offrant une qualité de vie et un confort rarement égalé. Seulement faute d’avoir su le faire évoluer, il se trouve maintenant en quasi faillite et payé à crédit. N’est-il pas plus facile de penser que l’étranger est le problème plutôt que notre propre apathie ?

Aux Etats Unis, pays ou l’immense majorité a conscience d’être venu d’ailleurs pour profiter de ce droit au bonheur que garanti la constitution ce raisonnement n’a presque pas lieu d’être. Il serait angélique de croire qu’il est inexistant et qu’il n’y a pas son influence mais les régularisations régulières des clandestins illustre que cette position n’est pas majoritaire aux Etats Unis.

Même si nous européens avons souvent du mal à l’admettre, les Etats Unis nous donne une leçon à leur manière. L’étranger, si on lui laisse sa chance et s’il accepte les régles du pays est avant tout une chance pour ce pays.

Quel qu’il soit et d’où qu’il vienne.

Lien intéressant :

Un retour de Michel Rocard sur l’exploitation de sa citation

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Un débat pour la galerie : La Poste

Posted by olivier_anthore on 3rd novembre 2009

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Pour illustrer le propos de mon billet précédent, et en montrer l’implication, je souhaiterais prendre un exemple dans l’actualité.

Le débat sur le changement de statut de la poste a commencé au Sénat. Ce débat, se place dans un contexte où la gauche, après avoir sinon approuvé du moins laissé faire toutes les privatisations, a décidé de s’opposer de manière frontale à se changement de statut.

Le débat est, à mon sens caractéristique car nous avons d’un coté une droite « pragmatique » qui explique qu’il n’y a pas d’autres choix possible et d’un autre coté une gauche qui nous explique qu’une entreprise de droit privée ne peut rendre une mission de service public.

De part et d’autre, ce débat est d’une rare hypocrisie pour les deux camps mais reconnaissons à l’UMP ce mérite, le seul, de la cohérence. Après nous avoir expliqué en long et en large que seule l’entreprise privée avait le bon modèle pour assurer l’efficacité de l’Etat, il aurait été incompréhensible qu’il ne l’applique pas à la Poste. Cependant, l’argument selon lequel c’est sous pression de Bruxelles que ce changement de statut est nécessaire ne tient pas. Si la Poste était restée franco-française, Bruxelles n’aurait rien trouvé à redire au statut de la Poste.

De l’autre coté, la gauche navigue dans une sorte de logorrhée mélangeant allégrement statu de l’entreprise et service rendu aux citoyens. En effet, la Poste n’a pas attendu son changement de statu pour fermer des bureaux de Poste jugés peu rentable, ni pour filialiser certaines de ses activités et remplacer ainsi à peu de frais les fonctionnaires par des salariés de droits privés taillables et corvéables à merci. Les salariés de Médiapost, filiale du groupe La Poste, de Saint Laurent du Var peuvent en témoigner.

Comme on le voit, tout ceci est un faux débat et, pour vous en convaincre, j’appellerai un pape de l’organisation des entreprises, Henri Mintzberg, qui face au tenant du tout public et du tout privé répondait « Peste soit sur vos deux maisons ».

En fait, le vrai débat, car il en existe un, serait de se poser les questions sur ce que les citoyens attendent de la Poste et du prix qu’ils sont prêt à payer pour cela. Mais ce débat est soigneusement évité car le citoyen en France n’a pas décider de ce qui est bon pour lui mais à accepter ce qu’on lui propose.

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