Une vue excentrée

Regards de la périphérie

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Apprendre les langages informatiques comme une langue ?

Posted by olivier_anthore on 6th mai 2011

Ce billet est une réaction à la tribune de Mehdi Benchoufi et d’Éric Legrandic parue dans le Monde « Inscrire les langues informatiques dans les programmes scolaires ». Le Monde n’autorisant les commentaires qu’à ses abonnés, j’ai envoyé ce texte à un des auteurs et je le publie sur mon blog.

La première chose qui m’a étonné, pour dire le moins, est la confusion apparente qui est faite entre langage et langue. Je voudrais proposer deux définitions pour expliquer mon étonnement.

Un langage informatique est un ensemble de mots-clés univoque (un mot n’a qu’un sens) destiné à agir sur une machine. Un langage informatique est certes doté d’une grammaire, peut s’enrichir de mots spécifiques par la création de fonctions, même dans certains cas voir un mot changer de sens avec le supersede autorisé dans certains langages.

Une langue est un langage naturel c’est à dire un ensemble de mots qui peuvent être multivoque destiné à interagir avec quelqu’un, ou quelque chose.

Je vois dans l’opposition entre les deux qui est faite dans cette tribune une opposition artificielle qui ne peut avoir d’autres buts, je l’espère, que de provoquer un débat.

De quel débat est il alors question ? Il semblerait que les auteurs veulent pointer le retard français au niveau technologique. Mais de quel retard est il question ? Car si retard il y a, en l’occurrence il n’est fait état que du retard dans le numérique. Notre pays peut s’enorgueillir d’une avance certaine dans quelques domaines mais il serait épuisant et vain d’être en avance partout. Quand on est la cinquième puissance économique mondiale et qu’on ne s’inscrit pas dans un ensemble plus vaste, en clair européen, il faut faire des choix.

Si l’on regarde les derniers résultats de l’enquête PISA, il est d’ailleurs beaucoup significatif de constater le recul constant des résultats en science des élèves français. Ceci est même sensible sur les mathématiques, matières devenues honnies comme étant porteuses de sélection après avoir été considérée comme l’honneur de l’esprit français.

De même que les mathématiques ne méritaient ni tant d’honneurs ni son indignité actuelle, il serait d’une efficacité douteuse de réduire, dès le plus jeune age, l’informatique à travers le langage à un apprentissage de base au même sens que l’éducation civique.

Tout au plus en feront nous un langage mort avant d’être né. En effet, la force de ce langage est la capacité qu’il donne à agir dans un but donné. Mais quels buts peuvent être fixé à l’élève si au départ on donne lui donne pas la possibilité de le comprendre ? Définir un but cela demande de la culture qu’elle soit scientifique ou littéraire.

Pour conclure, je rappellerai à ceux qui on vu le film « The Social Network » que la grande force de Marc Zuckerberg n’a pas été de coder Facebook, mais de définir ce qu’il devait être et d’établir sa stratégie de diffusion. Le codage a été laissé à un obscur programmeur dont la présence fantomatique est vite évacuée dans le film. Et ce n’est pas un hasard.

Les « pisseurs de codes » sont rarement les héros de l’innovation. Une leçon à ne pas oublier si on veut compenser un retard.

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Lecture d’été : Quelle nouvelle réforme pour les collectivités territoriales françaises ?

Posted by olivier_anthore on 22nd août 2010

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Pour continuer avec mes lectures d’été, je me suis vivement intéressé à ce qui s’écrivait sur la réforme des collectivités locales. Les cantonales ayant lieu l’année prochaine seront sans doutes les dernières avant l’application possible ou probable, selon que vous soyez réaliste ou volontariste, de cette réforme.

Alors que la réforme parait s’enliser comme bien d’autres avant elles, il est toujours intéressant d’écouter des commentaires fouillés sur les tenants et les aboutissants de cette réforme.

Ce livre est en fait la compilation des contributions à un colloque international organisé par le GRALE, Groupement de Recherche sur l’Administration Locale en Europe et le CRDT, Centre de Recherche sur la Décentralisation Territoriale.

Autant vous prévenir tout de suite, les contributions sont assez inégales et la relecture laisse parfois franchement à désirer. Entre les répétitions mots pour mots à quelques paragraphes de distance et les phrases tronquées, la bonne volonté du lecteur en prend un coup. Peut être ne faut il pas être trop exigent pour un livre qui aura un public très confidentiel mais j’ai peine à croire que l’on puisse intéresser au-delà du sérail si un minimum d’effort n’est pas fait.

Alors faut il lire ce livre malgré ces défauts ? La réponse de ma part est évidente mais je voudrais en expliciter quelques points.

Nous allons bon gré mal gré vers une réforme qui va modifier profondément les équilibres locaux en permettant au pouvoir central de reprendre en main, sans avoir l’air d’y toucher, les exécutifs locaux.

Ce livre, à travers ses analyses, montrent non seulement les incohérences de la réforme, ses failles constitutionnelles mais surtout remet en perspective les évolutions des collectivités locales et les suites logiques de cette réforme.

A lire donc avec indulgence afin d’aiguiser son esprit critique de citoyen prêt à réformer mais pas à avaler n’importe quoi.

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Lecture d’été : ecoresp 2 vers un new deal écologique

Posted by olivier_anthore on 18th août 2010

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Les vacances d’été sont pour moi un moment privilégié pour me plonger dans toutes les lectures que mon rythme de vie habituel m’interdit.

C’est pour cela que je me suis plongé dans un livre offert par un mai de Cap21, que je remercie au passage, même si politiquement les appareils nous séparent l’amitié née des combats communs reste.

Concernant ce livre, autant être honnête ce livre date, 2006, et n’est vraiment pas un grand moment de littérature. Alors faut il le lire ?

Une fois passée les répétitions et les coquilles qui, sans obscurcir le sens, décrédibilise un peu le message il reste une vision intéressante d’une alternative écologique en matière de politique.

L’intérêt de ce livre est finalement de montrer à quel point à partir d’un constat qui parait encore pour beaucoup apolitique et de bon sens se construire un projet de société et ses conséquences.

On peut adhérer à ce projet mais il reste discutable et, finalement, ce que je trouve de plus salutaire à ce livre c’est qu’il se présente d’entrée de jeu comme un livre débat. Car si les constats sont indiscutables, certains rapprochements sont douteux et les conséquences tirées sujets de controverses fructueuses.

Alors faut il lire ce livre ? Si vous avez horreur d’être d’accord avec vos interlocuteurs, que c’est le mois d’Août, que vous êtes en vacances et qu’il pleut, lisez le. Sans le suivre il vous donnera toujours du grain à moudre pour tracer votre propre route.

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Liberté, Liberté chérie

Posted by olivier_anthore on 12th novembre 2009

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Pour ceux qui ont assisté l’année dernière aux universités populaires du Mouvement Démocrate, le nom de Paul Mathias et son livre sur les libertés numériques ne doivent pas être totalement inconnus.

La thèse de départ de ce livre est assez dérangeante et, rien que pour elle, ce livre mérite d’être lu. En effet, Paul Mathias en bon philosophe s’interroge sur la liberté apparente que semble offrir Internet en analysant les conditions de cette liberté.
Ce qu’il démontre en analysant la construction de l’Internet est que cette liberté est pour le moins relative car Internet s’est construit au fil des ans par le biais de choix plus autoritaires de quelques uns que technique et encore moins par des choix démocratique de tous les utilisateurs.

Bien sur, ces constructeurs de l’Internet n’étaient pas des despotes malfaisants, heureusement d’ailleurs, mais cette analyse écorne singulièrement l’idée d’un Internet nouvelle frontière qui donnerait à tous une liberté inconnue jusqu’alors.

Il montre assez bien selon moi que s’il existe bien une certaine liberté sur le net, cette liberté est relative et fragile. Ce qui peut expliquer la virulence de certains quand l’apparente neutralité du net est remise en cause.

Selon certains, l’apparition du net et de l’ordre d’une quatrième révolution de notre perception de la réalité. Après Galilée, Darwin et Freud, la numérisation de la vie, dont Internet n’est qu’un prodrome, va engendrer un changement radical de notre perception du réel. Comme j’avais essayé de le formaliser dans un billet précédent, le virtuel n’existe pas car tout simplement il est une partie de notre conscience du réel.

A mon sens, ce livre n’est par parfait car l’usage intensif d’un langage technique philosophique peut s’avérer gênant parfois pour bien saisir les subtilités du raisonnement.
Sur la fin j’ai eu l’impression que l’auteur se perdait un peu dans son analyse mais pour autant la question de notre liberté réelle sur Internet et bientôt sur l’Internet des objets est posée.

Ce débat là doit être ouvert de toute urgence.

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Jeunesses françaises

Posted by olivier_anthore on 21st août 2009

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Pour finir la série de mes lectures de l’été, encore un coup de coeur.

Il y a des livres qui vous sont tellement proche qu’ils vous font remonter loin en vous et ce livre en fait partie.

 

Ma première pensée en lisant ce livre est un souvenir d’enfance très personnel qui tourne autour d’un autre livre « Picou, fils de son père » et ce parallèle ne m’a pas quitté lors de toute la lecture.

 

En littérature Picou et Malik sont certainement frères.

 

Sociologiquement et culturellement tous semblent les opposer. Quels points communs entre un petit breton des années 50 écrasé par la personnalité d’un père envahissant et un petit gars de la banlieue d’aujourd’hui élevé par une mère célibataire ?

Un seul peut être mais le plus essentiel, chacun à sa manière nous raconte cette histoire qui nous est commune de la manière dont chacun de nous se construit.

 

Comme toute construction, il y a les faces sombres : « Nous nous rêvions beaux gosses, on était que des branleurs ». Cette découverte n’est jamais agréable mais elle nous aide à grandir.

 

Mais il y a aussi les faces solaires, l’amitié indéfectible de Malik et de ses deux amis qui résistera à tout même au pire.

 

Vous trouverez tout cela avec en toile de fond la banlieue. La vraie avec son voile de fantasmes et de réalité crue.

 

Le tout écrits avec un style léger, très léger, mais jamais facile. Trop souvent quand on veut parler de la banlieue, le ton grave et compassé est tellement facile, le ton revendicatif tellement évident. Là vous aurez sans doute l’impression de glisser à travers les années sans efforts mais ne vous y tromper pas : toute bonne comédie est avant tout un drame où l’on rit.

 

Et ce livre est une excellente comédie.

 

Ci-dessous une interview de l’auteur sur la création

 

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La correspondance de Clemenceau

Posted by olivier_anthore on 19th août 2009

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L’été, la saison propice aux lecture au long court. Un petit billet pour partager une partie de ces lectures.

« On ne gagne rien à connaître un génie au quotidien » aurait dit un critique après avoir terminé l’harassante lecture de la correspondance de marcel Proust. En achetant ce livre je me suis rappelé cette phrase et c’est avec une certaine appréhension que j’ai commencé cette lecture.

 

« Voici l’intimité d’un grand homme » disent les deux responsables de ce recueil et, pour le moins, il n’y a pas tromperie sur la marchandise.

 

L’intimité d’abord, d’un jeune homme qui grandit face à l’adversité, qui est amoureux, qui voyage, qui rit, qui vieillit, qui tombe malade et qui jamais ne semble vouloir se soumettre. Intimité mais pas de voyeurisme dans ce recueil. Les discussions même les plus intimes sont toutes empruntes de cette délicatesse propre aux grandes âmes.

 

Un grand homme. Clemenceau, l’homme qui trouva le titre « J’accuse » au pamphlet de Zola. Clemenceau le Tigre, le tombeur de ministère. Clemenceau le premier flic de France qui présida à la création des brigades mobiles. Clemenceau le père la victoire qui pendant l’année terrible tint les rênes de la France. Mais au delà de ces icônes, Clemenceau l’ami fidèle, Clemenceau l’amoureux passionné, Clemenceau le passionné des Arts.

 

Ce recueil nous apprend à le connaître sans complaisance, avec des notes et un dictionnaire précisant les points de chaque lettre pouvant paraître obscurs.

 

Complétant les lettres un portrait de Clemenceau et une biographie aident à camper le décor dans lequel va évoluer le personnage.

 

C’est peu dire qu’à la fin je suis sous le charme de l’homme et que c’est à regret que je suis arrivé à la fin. Car la découverte d’une personne aussi gigantesque ne se fait pas sans qu’on se sente habité par sa présence et, la dernière page tournée, il ne vous reste plus que l’envie de continuer la route avec lui.

 

Le seul défaut que j’ai pu trouver : quelques fautes dans les notes. Mais c’est vraiment minime.

 

A mettre entre toutes les mains.

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Les théories de la justices de Will Kymlicka

Posted by olivier_anthore on 25th juillet 2009

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Comme on ne peut pas passer sa vie à colorier des livres, je suis heureux d’écrire que j’en ai lu un. Et un livre de philospohie en plus.

Très souvent en France on résume la philosophie a un questionnement qui tourne autour des sujets du bac. C’est essentiellement des questions sur la science, l’art, la liberté. Sujets important mais pour autant les domaines qu’aborde la philosophie sont beaucoup plus nombreux.

Ce livre est une excellente introduction à un sujet méconnu en France que sont les théories de la justice. Dissipons tout de suite un malentendu : ce livre n’explique pas les théories judiciaire mais expose les différentes théories pour établir une société plus juste.

Will Kymlicka passe en revue les différentes théories en commençant par un grand penseur libéral qu’est John Rawls. Philosophe tellement imposant que quasiment toutes les théories de la justice se sont référé à sa pensée pour la reprendre ou s’y opposer.

Ce que j’ai trouvé passionnant dans ce livre c’est la description détaillée mais avec un véritable souci pédagogique de chaque théorie pour en montrer les tenants et les aboutissants. Kymlicka n’hésite pas à montrer les forces et les faiblesses de chacune de ces théories.

Il met de la clarté et de la distinction là où, surtout en France, on utilise les mots pour obscurcir le discours et rendre incompréhensible les choix politiques.

Car, à mon sens il s’agit là d’un livre à mettre entre toutes les mains des citoyens fatigué d’une vision simpliste dans laquelle on veut les faire entrer bon gré mal gré. Des citoyens qui veulent comprendre où sont les clivages politiques qui peuvent opposer libéraux et libertariens,  qui veulent comprendre ce qu’est une société juste au sens marxiste et communautariens, qui veulent comprendre ce que la pensée féministes remet en cause dans l’organisation de la société actuelle.

Bien entendu ce livre n’est pas parfait. Je noterai deux points pour ma part : un point de vue clairement appuyé sur l’expérience américaines (en particulier pour le chapitre sur le féminisme) et une impasse totale sur l’impact de la crise environnementale sur une société juste.

A lire donc de toute urgence mais en étant conscient que, comme le titre l’indique, cet ouvrage n’est qu’une introduction.

Article intéressant :

Une synthése de la lecture de ce livre par Alain Boyer sur le site Philosophie politique

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Rêver la ville de demain

Posted by olivier_anthore on 13th juillet 2009

Dans le cadre de la biennale de Venise l’année dernière, un concours avait été lancé pour des projets sur la ville de demain.

Beaucoup de projets pouvaient retenir l’attention, pour ma part j’en ai retenu un : Beautiful EveryVille.Everyville
Je me suis permis d’en faire une traduction très libre que je vous livre ci-dessous :

« L’urbanisme à EveryVille (au traditionnel du terme) a échoué.
L’urbanisme traditionnel se compose d’un réseau complexe et des interactions entre l’activité et le lieu. La cohérence de ces deux facteurs a façonné notre pré-connaissance de l’urbanité au fil des générations, même si cette cohérence n’était pas sensible pas au cours du dernier millénaire. Dans les aménagements urbains, comme EveryVille, cette façon «issue du passé» de percevoir l’urbanité échoue car ces lieux ne sont plus déterminés par cette association entre l’activité et le lieu. Ici, le lieu est maintenant associée avec le temps. Ces caractéristiques de l’évolution urbaine contemporaine doivent être prises en compte et être mise à profit.
En ce qui concerne EveryVille, un moyen de toucher l’attention des populations de la ville doit être trouvé. Ce projet offre différentes actions pour EveryVille qui aideront à créer une identité urbaine, sans reproduire les éléments traditionnels de l’urbanisme. EveryVille a pris conscience de ses propres spécificités. Les éléments typique de la banlieue contribueront à la promotion de ces stratégies.
Les stratégies proposées utilisent la subversion, la guérilla et la communication officielle classique.
Pour apporter les services publics au plus près, un container se déplace dans EveryVille, qui change son emplacement en fonction de l’heure et de la fréquentation prévue. Au début, il est recouvert des attributs connus de la municipalité pour obtenir le maximum de reconnaissance. Le revêtement doit être adapté à la mairie du lieu et évolue au fur et à mesure du temps.
D’autres campagnes, comme «Space Invaders» profite du grand nombre d’espaces non utilisés temporairement. Tant qu’ils sont inutilisés des intervenantss peuvent les utiliser pour leurs propres fins.
Il existe également des stratégies que les gens risquent de ne pas reconnaître à la première vue. «Déviation» les guide à leur insu vers certains événements d’Everyville et la campagne «EveryGuerilla » par des actions inopinées (parfois pendant des heures) fait découvrir aux citoyens des aspect inconnus d’EveryVille.
EveryVille est belle! »

Bien sur rien n’est à appliquer tel quel mais rien que des services administratifs mobiles qui se positionnent au plus près des gens selon la journée ça mérite d’y réfléchir non ?

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Reprise en douceur

Posted by olivier_anthore on 27th juin 2009

Un premier billet depuis deux mois de silence. Certes il y a eu la campagne européenne mais il y avait aussi un temps nécessaire de maturation d’éléments personnels.

Je n’ai pas cette chance qu’on beaucoup de pouvoir écrire de manière journalière pendant des mois et des mois. Je suis plus tributaire d’une sorte de respiration qui fais que j’ai envie d’écrire pendant un certains temps et qu’ensuite cette envie me quitte. Pour revenir plus tard.

Aujourd’hui je voudrais juste faire une reprise en douceur en citant un billet de blog qui m’a intéressé sur l’apparition des « hypermondes »

Celà m’a rappellé un vieux billet que j’avais fait et que je vais sans doute chercher à réactualisé à la lumière de ce billet. Lisez le en tout cas, il éveille beaucoup de questions en particulier sur l’influence que pourrais avoir les réseaux sociaux et autres MMORPG sur l’évolution de notre société dans les années à venir.

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…And Justice for all.

Posted by olivier_anthore on 20th avril 2009

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S’il vous faut une preuve que la culture occidentale n’est pas un bloc monolithique, les théories de la justice sont de bonnes candidates pour votre démonstration. Tout d’abord une précision sur le sujet, les théories de la justice dont je vais parler ici ne sont pas les théories qui élaboreraient le meilleur système judiciaire mais bien les théories qui fonderaient la société la plus juste possible.

J’ai découvert l’existence de ses théories, complètement par hasard, sur un très judicieux conseil de lecture d’un ouvrage de référence de Will Kymlicka « Les théories de la justice : une introduction ». Appréciant la philosophie en dilettante et n’ayant pas fini de lire ce livre, je ne me permettrais pas d’en faire une analyse très poussée mais, suite à une question, j’aimerais exposer une analyse personnelle sur la différence entre une théorie de la justice libérale et une théorie de la justice libertarienne.

Mon tropisme personnel étant d’envisager les choses d’un point de vue historique, commençons par nous placer à la fin des années 60 dans le monde Anglo-Saxon. A cette époque, l’état providence était triomphant, les syndicats forts même si politiquement le marxisme était rejeté violemment. L’idée de base de ce « welfare state » était qu’il était possible de distribuer également à chacun ce qui lui était nécessaire pour vivre aisément. Les différences raciales commençaient à s’estomper grâce aux mouvements des droits civiques. L’avenir s’annonçait radieux.

Les années 70 ont sonnées le glas de cette vision optimiste des choses. En effet, le non-dit qui permettait à l’état providence de se montrer aussi apte à répondre aux attentes de tous était une période de croissance telle que rarement connue dans l’Histoire, les fameuses trente glorieuses chère à Jean Fourastié. En effet, cet état providence ne pouvait fonctionner que grâce à une croissance forte, croissance elle-même basée sur une consommation d’énergie fossile à bas prix. Les chocs pétroliers eurent raison de cette illusion et, à la fin des années 70, il devint évident qu’il fallait trouver une autre façon de construire une société juste.

Deux raisonnements se sont alors fait face : les libertariens et les libéraux.

Pour les libertariens, il était important de retrouver une croissance car la croissance permettait de créer des richesses qui ensuite devaient être réparties le plus justement possible grâce aux mécanismes du marché.

Pour les libéraux au contraire, il était important de corriger au plus vite les inégalités non mérités afin de garantir à chacun d’avoir une vie conforme à ses choix.

 

Le succès des thèses libertariennes sur les thèses libérales à l’aube des années 80 est principalement du à une alliance de circonstance avec le courant des néoconservateurs. En fait, les libertariens ne sont éloignés des libéraux que par leur analyse sur les moyens pour rétablir la justice dans la société et leur confiance dans la perfection du marché. Contrairement aux néoconservateurs, les libertariens ne sont pas homophobes, ni sexistes, ni particulièrement racistes. Idéologiquement du moins.

Là où les choses se compliquent un peu, c’est que leur croyance dans le marché et la charge en règle qu’ils ont menée contre l’impôt pendant toutes les années 80 ont entrainé une société fondamentalement inégalitaire et dans laquelle les minorités se trouvaient violemment fragilisées. Les néoconservateurs, se basant sur leur analyse de l’illégitimité de l’impôt comme moyen de rétablissement des inégalités non mérités, en ont en effet profité pour justifier les profits et les positions dominantes dans la distribution des richesses non comme un résultat du déséquilibre des situations initiales mais comme un résultat des choix judicieux des acteurs.

Tout ceci donnait une impression de réussite tant que la croissance, basée sur l’abandon entier des protections sociales, était au rendez-vous.

Cette mascarade a maintenant pris fin, comme nous avons pu le voir lors de la crise financière qui a démontré à quel point la société ainsi construite privilégiait le pouvoir économique en place dans la distribution des richesses et non les choix pertinents des acteurs.

Il est amusant de constater en passant que la France après avoir résisté pendant 20 ans aux sirènes libertariennes a finalement fini par céder lors de l’élection de Nicolas Sarkozy.

Cela relance donc l’intérêt des thèses libérales et de la lutte contre les inégalités non mérités. Le problème de ces théories est leur application. En effet, aujourd’hui, le seul moyen de rétablissement des inégalités que proposent aujourd’hui ces théories libérales est l’impôt. Or, si l’impôt permet éventuellement de rattraper certaines inégalités sur la santé et l’éducation il ne peut suffire à tout.

En effet, les inégalités dues aux sexes, aux préférences sexuelles ou à l’appartenance ethnique ne peuvent pas trouver une solution dans la fourniture de moyens. Il est aussi douteux de penser que l’on peut compenser totalement le handicap par exemple uniquement par des moyens financiers ou alors à des coûts tels qu’il faudrait pénaliser toute la société.

Un autre point est que toutes ces théories n’adressent pas explicitement la problématique de la croissance. En effet, même les libéraux qui réfléchissent sur une société de répartition de biens limités ne se posent pas la question de l’impact sur l’environnement de la satisfaction des désirs des acteurs de la société. Cependant, c’est sans doute la théorie qui s’adapterait le plus facilement à cette prise en compte contrairement aux libertariens qui n’ont d’autres solutions pour satisfaire tout le monde qu’une croissance échevelée.

Ce billet n’est qu’une sorte de note de mi-parcours, et il y a beaucoup de points que je serais sans doute amenés à développer ou à corriger. N’hésitez pas à le critiquer ou à me demander des précisions. J’y répondrais à travers d’autres billets.

Lien intéressant :

Notes de lecture de « Les théories de la justice : une introduction »

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