Une vue excentrée

Regards de la périphérie

Radioscopie électorale

Posted by olivier_anthore on 13th mai 2010

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Il y a des réformes qui paraissent n’être que technique et qui pourtant sont au cœur de l’expression démocratique. Je voudrais revenir sur un commentaire que j’ai fait sur un billet de mon ami Jérôme.

Il y remarquait que la politique actuelle sembler se résumer à « des gueules et des personnalités ».

C’est oublier que pour qu’elles existent il faut avant tout un système électoral qui le permette. Et de coté le système électoral Britannique est notoirement connu pour écraser toute alternative en ne laissant en lice que les deux plus gros partis. A tel point que certains voient les anglais comme les inventeurs du bipartisme.

Détail très significatif, la chambre britannique, mettant face à face la majorité et l’opposition,  ne laisse physiquement pas de place à une troisième voie.

Cependant, en cette période troublée, une alternative s’est faite jour avec les Démocrates Libéraux de Nick Clegg qui sont paradoxalement en recul à cause justement de ce mode de scrutin.

Pour gouverner des concessions ont été faites mais une concession essentielle a été faite justement par les conservateurs qui a été justement de modifier le mode de scrutin actuel au profit d’une dose de proportionnelle. Nous verrons dans le futur quelle dose pour quel effet mais d’ores et déjà je pense pouvoir affirmer que ce changement sera essentiel.

Pourtant en France, et ce depuis la troisième république, nous avons une méfiance viscérale de ce mode de scrutin. Certains le justifieront avec les mauvais souvenirs des législatives de 1986, d’autres en citant les exemples des systèmes Israélien et Belge.

Pour les élections de 1986, les mauvais souvenirs tiennent de deux ordres : la cohabitation et l’entrée du Front National au parlement. Pour ce qui est de la cohabitation, les deux suivantes ont montré que point n’était besoin de proportionnel et l’obstination des Français à voter localement à gauche et nationalement à droite montre à quel point seuls les politiques n’aiment guère la cohabitation. Pour l’entrée du Front National au parlement, je trouve toujours curieux cette manie de vouloir casser le thermomètre plutôt que de guérir la fièvre. Les dernières élections nous ont d’ailleurs montré à quel point cette volonté de nier institutionnellement l’existence de cet électorat ne menait nulle part.

Pour le cas Belge, je me contenterait de renvoyer à mon billet précédent sur la situation Belge où, à mon sens, le problème est moins électoral que moral. Le cas Israélien est lui bien plus complexe et je renverrai à l’excellent article de Ran Halévi « Israël : imbroglio démocratique, paix introuvable » publié dans le N° 158 de la revue Le Débat où il est dit que « l’Etat d’Israël représente […] un laboratoire vivant de la cohabitation, et à terme ruineuse, entre les bienfaits de sa vitalité démocratique et les nuisances de son régime électoral. » Cas sans doute le plus radical de l’application de la proportionnelle, Israël démontre surtout du danger de laisser des partis ayant une faible représentativité (le seuil est à 2%) être présent au parlement. Cependant, malgré les difficultés internes et externes, Israël est une démocratie qui fonctionne et c’est une leçon essentielle.

Tout ceci est à garder en mémoire car, dans le cadre de la réforme à venir, une nouvelle réforme du scrutin pour les élections s’annonce. Le thème de cette réforme est d’éliminer systématiquement les triangulaires. Curieuse réforme qui semble où la majorité semble vouloir recycler un système de bipartisme que sa terre d’élection semble vouloir remettre en cause. La cible désignée de cette réforme est le Front National, mais tous les autres partis en seront probablement les victimes collatérales.

Espérons que, fort du nombre de médecins élus députés, la majorité actuelle saura se ressaisir et se souviendra que de ne plus connaître la température ne guéris pas. Elle permet juste à la maladie de prospérer sans contrôle.

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Assistons à la chute bien poliment

Posted by olivier_anthore on 9th mai 2010

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Si vous n’avez jamais lu l’indispensable Manuel du savoir-vivre à l’usage des rustres et des malpolis , l’actualité récente outre Quiévrain devrait vous amenez à le lire, tel qu’il convient de le faire avec tous les textes de Pierre Desproges, avec une gaieté grave ou avec une gravité gaie. Chacun de ses textes semblent en effet l’illustration de cette maxime d’Oscar Wilde : « sachez traiter sérieusement les choses légères et légèrement les choses sérieuses »

 

Le texte auquel je pense est précisément celui qui s’intitule : « Comment déclencher une guerre civile bien poliment » où vous pourrez trouver par exemple ce petit bijou de goujaterie élégante « Comment font les Bordelais pour être aussi laid alors que leurs femmes sont aussi girondes ? »

 

Tout en riant de ces phrases apparemment absurdes, peut être que comme moi vous vous mettrez à penser brutalement à ce qui a pu pousser la Belgique dans cette situation aussi absurde. Se retrouver à nouveau à se passer de gouvernement suite à une querelle linguistique qui nous échappe totalement.

 

Or donc, la décomposition de l’état Belge s’accentue. Décomposition favorisée semble t’il par le fait que les Belges identifient de moins en moins l’utilité de l’état Belge car de plus en plus l’Europe et les gouvernements locaux remplissent les missions anciennement assurées par l’état fédéral.

 

Il est probable que si un référendum avait lieu aujourd’hui, le rattachement de la Wallonie à la France, de la partie germanophone à l’Allemagne et l’indépendance de la Flandre feraient la course en tête. Après tout, après avoir défendu l’indépendance du Kosovo contre la Serbie, nous ne devrions pas trouver à y redire au nom du sacro-saint principe des peuples à disposer d’eux même.

 

C’est là où la lecture de Desproges amène à réfléchir sur cette notion qui est finalement tout à fait arbitraire. Qu’est ce qu’un peuple finalement ?

 

Le plus simple est de dire qu’un peuple c’est une langue avant tout. En effet, la France c’est le peuple Français parlant le français certes mais aussi le breton, le corse, le basque. Y a t’il un peuple français ou plusieurs peuples français ? Voilà un débat qui a fait beaucoup coulé d’encre chez nous. Il a aussi réveillé chez nous des craintes et avivé des divisions que nous voudrions tant abolir.

 

Le cas des flamands belges est assez significatif. En tant que flamands ils parlaient la même langue que les néerlandais ce qui ne les a pas empêché de faire sécession lors de l’indépendance et de ne pas envisager de retourner dans le giron néerlandophone en se séparant de la Wallonie.

 

La langue n’est peut être pas finalement un bon indicateur de ce qu’est un peuple.

 

Mon intuition est qu’un peuple n’existe que lorsqu’il a conscience de lui-même et d’une mission commune et l’exemple de la France de ce point de vue est assez significatif.

 

Ce qui est drôle chez Desproges, c’est l’idée que nous pourrions nous battre contre les Bourguignons ou les Bordelais sous le prétexte d’une différence qui ne nous apparaît jamais nettement. Pourtant comme le note Michel Serres dans son article « Culture générique » du N° 145 de la revue le débat (un grand merci à la bibliothécaire qui me l’a déterré de la réserve municipale) les « cultures premières » de la France sont des cultures régionales, territoriales dont il est issu. Elles n’auraient pas trouvé étranges de se méfier voir de se défendre contre ces cultures allogènes et potentiellement dangereuse comme le démontrèrent par exemples les révoltes chouannes.

 

La culture française, sa visée universaliste, a permis d’y mettre une certaine harmonie toujours plus ou moins contestée mais globalement acceptée comme un acquis positif sauf par quelques extrémistes. Cependant, comme le remarque toujours Michel Serres cette culture deuxième n’a pas su éviter pour autant les boucheries des deux guerres mondiales.

 

Contrairement à la France, la Belgique ne semble pas avoir réussi à mettre en place cette culture deuxième peut être parce que personne n’a su en faire la synthèse. De ce point de vue le bilinguisme a sans doute joué un grand rôle que la France a pu éviter par l’imposition du parlé François au détriment des autres langues et des variantes de cette langue. Et le fait que, les journaux flamands ne titrent que sur les médailles flamandes aux jeux olympiques montre à quel point il n’y a plus cette conscience d’une communauté de destin.

 

Je crois surtout que ce qui a manqué à la Belgique ça a été de grands hommes. Hommes d’états mais aussi artistes capables de donner aux Belges une conscience d’eux-mêmes et de leur devoir vis à vis de l’Europe. Et l’envie de boycotter les élections montre à quel point les Belges ne croient plus à leur système politique.

 

Car quand vous regardez du coté de Bruxelles, vous regardez l’Europe. La Belgique en est le siège mais il est aussi le prototype de ce que pourrait être la communauté européenne déchirée par des égoïsmes locaux.

 

Cela fait des années que les histoires belges ne me font plus rire mais celle là me donne parfois envie de pleurer.

 

Liens intéressants :

Des extraits du manuel de savoir-vivre de Desproges

Téléchargement (payant) de l’article de Michel Serres

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 politique, europe, belgique

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