Une vue excentrée

Regards de la périphérie

Que se passe-t-il en Syrie ?

Posted by olivier_anthore on 10th février 2012

Un massacre lent, méthodique, sadique d’une ville entière, la ville de Homs se déroule sous nos yeux. Sous nos yeux car le régime Syrien ne se cache même plus. Au contraire, il semblerait qu’il ait décidé de montrer ostensiblement sa capacité à massacrer.

Rappelez-vous que c’est sur la possibilité d’un tel massacre à Misrata en Lybie que nous sommes intervenus.

Et là ? Rien.

Ou si peu. En fait, la Russie mis son veto à la dernière résolution. Pourquoi ? Pour beaucoup de raisons. Car, finalement, cette élimination systématique et impitoyable d’une ville entière ne heurte que les sentiments humains pas les États.

La Russie défend ses intérêts, ou ce qu’elles croient en tenir lieu. Une base, un régime favorable. Mais elle n’est pas la seule à jouer sur le dos du peuple Syrien. La résolution rejetée n’était pas exempt de critiques. Et surtout le précédent Libyen et les libertés prisent avec la parole donnée, ont de quoi refroidir des États autoritaire peu favorable à toute démocratie.

Mais, me direz-vous, pourquoi aiderions-nous un peuple qui a toute les chances de se réfugier dans l’islamisme comme l’ont fait les pays récemment libérés ?

Si vous avez regardé les images, la réponse viendra naturellement. Ce que nous voyons là à l’œuvre est la même folie meurtrière qui a présidée à l’anéantissement de Varsovie et de Guernica. Nous, Européens, savons ce que ces mots veulent dire. Nous, Européens, savons ce qu’il en coûte de laisser faire.

Alors intervenir militairement sans mandat de l’ONU ? C’est une très mauvaise solution.

L’Armée Libre de Syrie serait alors assimilée à des collaborateurs de puissances étrangères. Leur donner les moyens de se battre, ce que nous n’avions pas fait pour les républicains espagnols, serait sans doute préférable.

Mais, face à l’armement de ceux resté encore fidèle à la famille Hassad, ce ne sera sans doute pas suffisant. Il faudra au moins faire intervenir l’aviation.  Et les pilotes qui oseront le faire n’auront pas une partie facile. La famille Hassad n’a pas que des obus pour les civils mais une collection complète d’armes anti-aérienne russe.

Alors intervenir quand même ? Envers et contre tout sachant que ce sera une vraie guerre ? Sachant que l’ONU n’autorisera jamais cette action ?

Je crois qu’il arrive un moment où le seuil de l’insoutenable est franchi et que seule la conscience doit être notre guide. Après avoir entendu les témoignages, après avoir vu les images, et surtout avoir constaté jour après jour le cynisme du régime de Damas, un acte doit être posé. Un acte fort, indiscutable, un message qui fasse comprendre que l’inacceptable est atteint que chaque enfant massacré à Homs aura un prix.

Liens intéressants :

Une vidéo prise du coté de l’armée du régime qui date du mois d’août

Chronique de Bernard Guetta : le Guernica multiplié par 6 de la Syrie

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La citadelle assiégée

Posted by olivier_anthore on 30th mars 2009

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Imaginez une ville de 273 000 habitants défendue par plus de 25 000 hommes qui attend dans la crainte plus de 13 000 envahisseurs.

Quel spectacle digne d’une fresque épique ! Selon les points de vue de la caméra on peut imaginer les vaillants défenseurs face à des hordes sauvages ou, tout au contraire, de joyeux libérateurs venus faire tomber la sombre citadelle.

Cependant, tout ceci n’est pas un film. Cela arrive dans l’Est de la France, à la frontière avec l’Allemagne, dans la bonne ville de Strasbourg.

En laissant de coté les effectifs réguliers de la police nationale et les policiers municipaux, nous arrivons au chiffre impressionnant de quasiment un policier pour 10 habitants.

Il semblerait alors que Strasbourg devrait être la ville la plus sure de France mais en lisant cet article du Figaro, il est permit de penser le contraire.

De même, le G20 à venir à Londres devrait être tout aussi menacé et tout aussi protégé.

Bien sur ce n’est pas la première fois que cela arrive. La première, celle qui a marqué mondialement, est sans contestation la négociation de l’OMC en 1999 qui a donné lieu à la fameuse bataille de Seattle. Cela a continué lors aux tristement célèbres émeutes de Gênes en 2001.

Depuis, le  11 septembre, les diverses lois anti-terroristes et la focalisation sur le radicalisme islamique ont pu faire croire à la disparition du problème mais nous assistons depuis quelques mois au retour de la contestation radicale du système actuel.

Tout d’abord, résurgence des années 70, il y eut la volonté de l’Italie de solder ses comptes d’avec les membres du mouvement d’extrême-gauche. Il y eut aussi la libération des derniers membres vivant d’Action Directe. Et surtout, il y eut cette affaire tragico-comique de l’épicier de Tarnac : Julien Coupat.

Affaire tragique car rien n’est drôle lorsque l’on parle de la liberté d’un homme mais comique au vu du dégonflement de l’affaire au fur et à mesure du temps qui contraste étrangement à la foi du charbonnier de notre ministre de l’intérieur à propos de sa culpabilité.

Non, finalement, en vingt ans rien n’a changé sur ce front là. Tout parait bloqué. La contestation violente continue, s’installe, fait partie du paysage de ce genre de réunion sans que personne ne s’interroge.

Et pourtant. Pourtant nous vivons une crise que tout le monde nous décrit comme cataclysmique, les discours ne cessent de nous parler de refonder les règles du jeu, d’un monde qui ne sera plus jamais le même…

Il me vient parfois l’impression de deux mondes sourds l’un à l’autre, qui ne se comprennent plus, qui ne se parlent plus. Chacun renvoie l’autre à ses turpitudes, dictature de l’argent contre dictature du prolétariat. Comme une continuation vide de sens du 20ème siècle, ce fameux siècle qui est censé être mort lors de l’effondrement des tours.

Finalement, ce blocage semble les maintenir chacun bien en place : ils ne sont que les deux faces d’une même pièce. Si l’un venait à disparaitre, l’autre aurait du mal à perdurer.

Je souhaite pour ma part qu’ils disparaissent ensembles et avec le moins de casse possible. Il est devenu évident à tous lors de l’effondrement des économies planifiées que le marché était le meilleur outil possible. La crise actuelle nous a appris que le marché n’était pas parfait. Il ne peut pas être laissé sans régulation et, surtout, il ne convient pas à toutes les situations.

Dans ce siècle, d’autres citadelles seront à assiéger, d’autres à prendre mais qui auront peu à voir avec celles du 20ème siècle. Nous savons que nous devrons trouver à d’autres manières de produire, d’autres manières de vivre. Nous savons que, étrange retour en arrière, l’accès aux matières premières deviendra primordial et pas seulement pour l’énergie.

Il devient urgent de définir une troisième voie, qui comme les pays non-alignés du 20ème siècle, nous sorte de cette logique mortifère des blocs idéologiques. Car si, comme le disait Térence, rien de ce qui est humain ne m’est étranger  je sais aussi la leçon des siècles passés et de la manière dont sont traités ceux qui vivent dans les citadelles lorsqu’elles tombent.

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