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Regards de la périphérie

3ème rencontre des marianne de la diversité : du gros mot de vertu (1/3)

Posted by olivier_anthore on 2 mai 2011

Vous trouverez dans cet article la première partie d’un billet que j’ai préféré découper en trois parties pour le rendre plus agréable à lire.

J’ai eu le grand plaisir d’être invité mercredi 27avril à l’assemblée nationale pour assister aux troisièmes rencontres des Marianne de la diversités. A l’initiative de Mme Fadila Mehal, des personnalités marquantes invitées ont débattues entre elles et avec la salle sur le lien entre laïcité et émancipation des femmes. L’ensemble des débats était intéressant, j’ai eu cependant envie de réfléchir sur des aspects que le manque de temps n’ont pas permis d’aborder.

En effet, lors des débats, j’ai très souvent pensé aux mots de vertu et de désir.

Ces mots, souvent contradictoire dans notre esprit, me semblent pourtant liés, et même noués, dans le sens où ils peuvent expliquer une partie des problématiques actuelles.

Parmi les intervenantes, j’ai été très impressionné par les interventions de Mme Blandine Kriegel. Tout d’abord par le lien qu’elle faisait entre laïcité et émancipation des femmes. Elle reconnaissait qu’en soit les religions n’avaient pas une vocation à l’asservissement des femmes, mais elle pointait aussi qu’elles composaient très bien avec les archaïsmes des sociétés existantes. Parmi ces archaïsmes était le maintien  de l’état de sujétion des femmes. La laïcité apparaissait comme la voie rapide de sortie de cette sujétion.

En l’écoutant, ma première interrogation s’est faite sur le lien entre laïcité, liberté des femmes et   moralité sans oublier le gros mot de vertu.

Cette réflexion m’est venue en me souvenant de l’insistance de Robespierre sur l’impératif de vertu. A ce moment, l’État français connu sa première tentative de se détacher de la religion d’état qu’était devenu le catholicisme. Il semblait à ce moment que pour quelqu’un comme Robespierre la sortie du religieux laissait la porte ouverte à un néant redoutable. C’est ce qui justifia entre autre la création du culte de l’être suprême et de la vertu.

Plus tard lors du XIXème siècle, la tentative de mettre en place un culte alternatif à la religion chrétienne est restée même estompée. Cette trace se retrouve dans la canonisation laïque de Pasteur entre autres. Tout se passait comme si l’abandon d’une morale transcendante devait s’accompagner par l’établissement d’une morale publique pour tenir ensemble tous les membres de la société.

Ceci ne pouvait se maintenir que si un besoin existait. La question qui se pose est alors si ce n’est pas la négation de ce besoin de morale et de vertu qui pose aujourd’hui problème à une partie de la population quand on parle de laïcité.

Pour préciser, ce qui choque et pose problème serait le relativisme moral confondu avec la laïcité.

Or, la laïcité pour exister ne peut pas être un relativisme moral. En effet, l’espace public ne pourrait alors plus exister. Chacun voulant conformer l’espace publique à sa vision du moral, il n’y aurait plus de partage possible et donc plus d’espace public.

Mais, comme témoignait Fawzia Zouari, c’est pourtant à ce relativisme que les adversaires de la laïcité tentent de la ramener. Elle citait l’exemple d’un imam expliquant que la laïcité signifiait mariage homosexuel. Ce qui était en jeu là n’était pas la valeur de ce type de mariage mais la volonté de confondre laïcité avec la mise à bas de tous repères ce qui est la conséquence du relativisme moral.

Il m’apparaît qu’un des points délaissés, et qui devrait servir de base à l’institution de la laïcité, est l’établissement de cette morale public. Pris de ce point de vue, l’émancipation de la femme ne doit qu’accidentellement à la laïcité : elle doit beaucoup plus au rétablissement de la femme dans la plénitude de ses droits moraux vis à vis des hommes.

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8 Responses to “3ème rencontre des marianne de la diversité : du gros mot de vertu (1/3)”

  1.   Fultrix Says:

    Dans le même registre, les religieux ne supportent pas s’entendre dire que leur dogme relève d’une conception du monde, de principes moraux sous l’autorité d’un dieu tutélaire.
    L’athéïsme serait donc un code moral sans la révélation divine.
    Cela donne le vertige de l’autodétermination…

    Quant à la notion de laïcité, elle s’associe historiquement à celle des « lumières ». SI vous êtes intéressé, je vous laisse un lien qui traite du sujet :
    http://calamiite.wordpress.com/2011/04/03/qui-a-eteint-les-lumieres/

    Fultrix.

  2.   olivier_anthore Says:

    En tant que religieux, je dirai que c’est même la base de la croyance. C’est ce que formalisait Pascal avec son pari. Donc je pense que ce n’est pas si insupportable que ça.

    Pour la dimension morale de l’athéisme, elle est indéniable. Là où elle pêche c’est que la raison ne peut fonder une morale. La raison sépare le vrai du faux mais pas le bien du mal. Là dessus je m’appuie totalement sur Hume.

    Pour l’apport des lumières, pour la formalisation et le renforcement il est évident mais la base en France est bien dans le très fameux édit de Nantes.

    Je vais regarder dès que possible votre lien, il ne passe pas le firewall de là où je suis malheureusement….

  3.   Fultrix Says:

    L’Edit de Nantes n’a jamais été établi dans le but d’organiser le pluralisme religieux. Il s’agissait de négocier avec le parti protestant des portions de territoire pour recevoir leur allégeance au « roi très chrétien ». Ceci a été détaillé dans les clauses secrètes. La population n’a vu et retenu que le droit de culte.
    Cet aspect des choses n’était que très peu évoqué il y a plus de 20 ans, au grand dam de mon professeur d’histoire qui était scandalisé par la non évocation des clauses territoriales dans des livres traitant du sujet … C’était un protestant ! A l’époque, mon exposé a donc fait un flop par manque de documents et c’est la seule fois ou l’enseignant est sorti de son devoir de réserve … Un grand moment !

    Fultrix

  4.   olivier_anthore Says:

    Je suis loin d’être aussi spécialiste mais il me semble qu’il y a là un contre-sens historique.

    Le « Roi très chrétien » dont il est question, Henri IV, est un protestant très fraichement converti qui a échappé de peu au massacre de la Saint Barthélémy. Il a longtemps combattu du coté des protestants et s’est trouvé très rapidement devant le problème de faire coexister ses anciens et ses nouveaux amis. C’est dans ce contexte que cet édit s’inscrit.

    Il est clair que cet édit n’était pas une panacée, il serait toujours effectif si cela avait été le cas, mais ce fut une première ébauche reprise et bien améliorée plus tard.

    J’ai commencé à lire votre billet sur les lumières. Il est intéressant et mérite une réponse qui ne tiendra pas en un simple commentaire. Un étonnement qui setra sans doute l’axe de ma réponse c’est l’impression d’un oubli malencontreux de l’Humanisme. C’est à travers la maturation des acquis de l’humanisme que les lumières ont pu avoir lieu et ce bien au-delà du contexte français.

  5.   Fultrix Says:

    Pour le coté « très chrétien », je vous avoue que l’appellation doit dater de Louis XIV …

    Concernant l’humanisme, les « humanités » c’est à dire les études, sont aussi « vieilles » que les magisters. La recherche du savoir dégagé du poids du dogme religieux a toujours cherché à percer. La nouveauté des « Lumières » a été de le faire à la vue de tous et d’en faire la promotion.

  6.   olivier_anthore Says:

    Je pensais la même chose mais wikipedia semble dire que même Clovis portait déjà ce titre.

    Je n’ai pas mémoire que Montaigne, Erasme, Jean Bodin et Thomas More se cachaient particulièrement. C’est pourtant bien sur eux et leurs travaux que les lumières européennes ont pu se construire.

  7.   Mamouchka Says:

    Concernant Montaigne, il ne s’attaquait pas de front à l’institution religieuse. Il n’y avait donc pas de menace.
    J’ai trouvé ce lien qui pourrait vous plaire le concernant :
    http://agora.qc.ca/dossiers/michel_de_montaigne

    Quant à la notion de « Lumières », je vous recommande la lettre de Kant « qu’est-ce que les lumières ? » dans une petite édition, 1001 nuits dont voici plus de détails :
    http://www.1001nuits.com/Site/CtlPrincipal?controlerCode=CtlCatalogue&requestCode=afficherDetailArticle&code=251966&retour=listeArticles

  8.   olivier_anthore Says:

    Un point que l’on oublie souvent à propos de Montaigne c’est que les essais ont été mis à l’index. Preuve qu’il n’était pas exactement considéré comme parfaitement orthodoxe. Ses regrets à propos de la mort de Giordano Bruno, premier athéïste revendiqué en occident, en sont la preuve.

    Sans compter que son excellent ami La Boétie, que j’avais oublié de citer, fut un des idéologues politiques des protestants français avec son traité de la servitude volontaire.

    Merci pour les liens. :)