Une vue excentrée

Regards de la périphérie

Un lendemain de nausée démocratique

Posted by olivier_anthore on 2nd décembre 2018

J’ai longtemps hésité à donner ma position exacte sur les événements se déroulants dans notre pays ces dernières semaines. Malgré quelques demandes sur le sujet, je suis resté volontairement sur une simple condamnation des débordements sans rentrer dans le fond du sujet.

Le phénomène des « Gilets Jaunes » n’est guère facile à appréhender car il ne se présente pas comme un mouvement uniforme. Il ne s’adresse pas à un sujet en particulier mais vise un mal être diffus dans notre société qui ne date pas d’hier.

Le président Jacques Chirac, en son temps, avait été élu sur le constat d’une fracture sociale. Il n’a jamais lors de ses mandats pu expliquer en quoi il luttait d’une manière ou d’une autre contre. Aucun de ses deux successeurs n’a d’ailleurs fait mieux.

Il m’a fallu avant de me décider à en parler d’essayer de mieux mesurer au-delà des chiffres ce qui pouvait être le ressort de cette mobilisation. Le fait est que pour commencer à comprendre, il m’a fallut aller jusqu’à Saint Étienne pour voir en action un petit groupe de gilet jaune et mesurer le soutient massif de la population à leur égard.

Il m’a fallu reprendre patiemment beaucoup d’éléments d’analyse sur l’évolution de notre société tout le long des années 90 et du début des années 2000.

Cela ne facilité pas une prise de parole rapide mais au vu des ratages éclatants de MM. Dupont-Aignant, Wauquiez, Mélenchon et de de Mme Le Pen sur le sujet, je pense y gagner.

Il n’y a rien d’évident dans un mouvement qui dénie toute représentation. Rien de compréhensible dans l’attitude de gens qui mettent leur vie en danger et s’étonnent des conséquences.

Une chose ressort de toutes les interventions : une colère puissante et dévastatrice. Ce genre de colère qui pousse au pire et qui le réalise. C’est ce que nous avons vu, effarés, dans la dégradation de l’Arc de Triomphe et de la tombe du soldat inconnu.

Cette colère a une conséquence immédiate : elle rends impossible tout exercice démocratique. En niant toute représentation du mouvement, en disqualifiant le pouvoir comme interlocuteur, ce mouvement invite alors à mettre en place des gens non-élus comme représentant d’un peuple qui n’a pas eu l’occasion de se prononcer.

Il est donc impossible au gouvernement, issu d’une majorité régulièrement élue, de se soumettre au dictat des barricades.

Cette colère ne vient pas de nulle part. Personne, politique ou syndicaliste, n’a été en mesure de l’entendre et de lui donner forme avant qu’elle ne s’exprime. Elle traduit un sentiment profond et massif d’une injustice faite à toute une part de la population.

Ce constat maint fois entendu d’un État qui disparaît de l’espace rural, d’un emploi qui se raréfie et de taxes qui pèsent sur les budgets interpelle toute personne qui s’occupe de politique.

Ce sentiment d’injustice est fondé. On ne peut regarder la transformation insidieuse de notre pays sans réaliser que nous avons laisser sans alternative toute une part de la société.

Notre pays doit se transformer, c’est une nécessité vitale. Pour autant, il n’est plus envisageable que cette transformation soit faite sans que les conséquences soient partagées avec des population qui n’en peuvent mais.

Ce gouvernement, que je soutient, a essayé de faire ce qui n’a pas été fait depuis des années. Il a essayé de le faire le plus vite possible. Le problème c’est qu’on ne peut pas agir pour le bien d’un peuple sans ce même peuple.

Il y a un moment où il faut que chacun fasse un pas vers l’autre.

Il est temps que l’on revienne à la raison et qu’une table ronde publique soit mise en place.une négociation claire sous l’œil des caméras.

Il est temps que ceux qui se présente comme étant les chefs de file des Gilets Jaunes assument leurs responsabilités en tant que tels.

Il est temps que le climat insurrectionnels que veulent faire régner dans les rues de Paris finissent.

Il est temps que l’on mette les moyens d’enquêtes pour que ceux qui profitent de ce chaos soient déférés et jugés comme il se doit.

Il n’y a pas de démocratie sans lois, pas de démocratie sans discussions, pas de démocratie sans responsabilités.

Et, je n’envisage pas mon cher pays, France bien aimée, sans la démocratie.

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Une main attachée dans le dos

Posted by olivier_anthore on 12th juin 2018

Un billet sur un sujet très local mais qui me tient à cœur. J’ai l’habitude de penser que la démocratie commence au seuil de sa porte dans le sens où elle a besoin pour vivre d’un espace public dans lequel la rencontre et le dialogue sont libres et possibles.

J’ai eu l’occasion de l’éprouver jeudi lors d’un comité de quartier où tous les habitants étaient conviés pour une présentation du service prévention et sécurité de la mairie. Cette présentation tombait bien car depuis quelques temps que les nuits sont de moins en moins calmes et les habitants de mon quartier se plaignent de manière de plus en plus virulente de nuisances et d’incivilités.

Sachant cela, je m’attendais donc à ce que des questions fusent sur le sujet. A mon grand étonnement, j’ai réalisé que loin de se limiter à mon quartier, les autres quartiers du secteur relevaient tous des problèmes similaires.

Les constantes étaient sur le niveau de bruit surtout la nuit, l’apparente impunité des magasins vendant de l’alcool jusque tard dans la nuit et des dégradations en tout genre voire d’agressions physiques de passants.

Face à cela, le responsable de la mairie nous a clairement indiqué son dénuement. Son service ne dispose après 19h que d’une surveillance des bâtiments municipaux. Il a à sa disposition 50 agents assermentés, qui sont des Agents de Surveillance de la Voie Publique (ASVP) et pas des Agents de Police Judiciaire Adjoint (APJA). En clair, il nous a indiqué qu’il n’avait pas de Policiers Municipaux aptes à intervenir dans ce genre de cas. Sans moyens, il se retrouve comme avec une main attachée dans le dos.

J’ai pris la parole pour prendre acte de son exposé et faire ainsi remarquer que son service ne pouvait pas adresser les plaintes des habitants. Son service n’est en effet pas en mesure de vérifier l’application des arrêtés de fermeture pris par le maire. Seule la Police Nationale le pourrait. Sauf que, pour les points de ventes en retrait de la rue, il semble très compliqué pour les policiers de le faire.

Cette prise de parole m’a valu une charge publique de la part du représentant des élus qui a trouvé que ce constat était « insultant pour les services de la mairie que vous accusez de ne rien faire ».

J’ai quand même insisté pour comprendre en quoi cette prise de parole était un problème. En insistant, j’ai fini par comprendre que ce qui gênait n’était pas le fond de mon propos mais le fait que ce soit moi qui le tienne. Faute de pouvoir trouver le moindre propos insultant dans ma prise de parole ni même de décalages par rapports aux faits, j’ai même eu le droit à un « ta manière de manipuler (sic) l’art oratoire est assez ambiguë pour que chacun comprenne ce qu’il souhaite ». Je découvre là le concept d’insulte qui n’en est pas vraiment une….

Le jour où ce qui devient un problème n’est pas le contenu du message mais le porteur, nous pouvons commencer à nous inquiéter pour le principe même de la démocratie.

Surtout qu’en l’occurrence ce que demandent les citoyens c’est une écoute active. C’est-à-dire une étude réelle des points relevés sur chaque quartier et la mise en place de plans d’action. Les considérations vagues sur le monde comme il va occupent l’espace mais ne répondent pas aux attentes.

Puisqu’on me reproche de faire de la politique, je me permets de rappeler une citation que je chéris de la grande philosophe politique Hannah Arendt : « La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat »

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Petit point de situation

Posted by olivier_anthore on 20th septembre 2017

La situation de l’économie s’améliore mais quand est-il de l’état de la France ?

Nous sommes aujourd’hui à la veille de la fin de la plus longue séquence électorale que notre pays n’ait jamais vue. Depuis les primaires écologistes en Octobre 2016, suivie par celles de la droite puis de la gauche et l’incroyable séquence des scrutins nationaux, nous aurons vécu un an plein d’élections.

Il est maintenant peu probable que la vague de renouvellement modifie la composition du sénat de manière notable. Il y aura des sénateurs LREM mais la droite modérée continuera d’être majoritaire au sénat.

Le pouvoir va donc être obligé par une phase de négociation avec elle pour rallier suffisamment d’élus et faire passer les réformes constitutionnelles souhaitées par le président.

Cela ne devrait pas être un gros problème avec le premier ministre actuel et une équipe gouvernementale qui mène grosso modo une politique économique que n’aurait pas désavouée la droite.

Pour éviter de s’aliéner définitivement les électeurs de gauche, le gouvernement va mener sur le front sociétal une série de transformation qui devrait apaiser les plus capables de s’exprimer dans ce camp.

C’est habile et cela montre que malgré une situation inédite, et parfois déroutante, le président fait preuve d’une habileté rare.

Ce qui me pose question toutefois c’est que cette manière de gouverner laisse un pan de la population dans l’ombre. Il s’agit de ce qu’il est convenu d’appeler les sans-voix et qui se faisaient entendre principalement à travers le Front National. La nouveauté est que cet électorat est maintenant visé par les Insoumis.

Il reste que pour l’instant la tentative de récupération de cet électorat par les insoumis est parcellaire et limitée aux bastions de la gauche ouvriériste.

Cette population laissée dans l’ombre n’a rien à gagner dans les réformes sociétales proposées et risque, comme en Allemagne, d’être en première ligne des évolutions économiques. Même si ces évolutions seront à terme bénéfiques pour tous, il serait dangereux de négliger ce risque.

Dangereux car, contrairement à l’Allemagne, les Français se ressentent comme profondément divisés et n’adhèrent plus unanimement au même projet de société.

Alors que faire ?

Il me semble que ce qui rend cette population intéressée par les discours extrêmes et le fait qu’elle se ressent comme obligée de subir. Et c’est cette soumission qui devient intolérable. C’est d’ailleurs probablement ce qui explique le succès du terme insoumis même si la discipline de FI est à des années lumières d’une structure autonomiste.

Et c’est, à mon avis, le point aveugle aujourd’hui des propositions politiques. Certains parlent d’assouplir, d’autres de protéger mais je ne vois aucune proposition construite autour de l’autonomie économique.

Les propositions qui s’en rapprochent le plus parlent des autoentrepreneurs qui ne peuvent intéresser que des marchés réduit et des activités surtout tournées vers le service. Encore une fois, il y a à prendre chez nos voisins en particulier sur des expériences de cogestion. Encore une fois, sans copier servilement, il serait bon de regarder comment par exemple les entreprises allemandes travaillent la codécision entre patronat et ouvrier.

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une évolution de la démocratie française

Posted by olivier_anthore on 9th décembre 2012

La première de mes nouvelles chroniques sur la web radio 133b. A retrouver chaque semaine le mercredi à 8h10 puis 17h50

Notre pays est dans une situation assez particulière. Pour la première fois depuis 2007, nous n’aurons pas d’échéance électorale prévue avant deux ans. Et, surtout, pour la première fois depuis les années 70, un parti concentre la plupart des pouvoirs en ses mains.

Pouvoir exécutif et législatif d’abord. Mais aussi la quasi totalité des régions, la majorité des départements et des grandes villes ont à leur tête des élus du parti socialiste.

Au niveau de l’administration, le nombre de haut fonctionnaire se réclamant de ce parti est élevé. Ceci devrait assurer la parfaite maîtrise de cette lourde machine sans laquelle il serait illusoire de vouloir gouverner.

Faut il s’en effrayer ? Après tout, les circonstances n’appellent elles pas à ce que le pouvoir ne perdent pas de temps dans de vaines arguties et bénéfice d’une certaine cohérence d’action.

La difficulté, et cela pose une vraie question, c’est que l’on remarque vite que sous une unité de façade, l’actuelle majorité est comme un manteau d’arlequin et que le pouvoir exorbitant du président ne fait pas tout. Même en France.

En fait, l’analyse est qu’il n’y a plus de parti socialiste, ni même d’UMP d’ailleurs, mais bel et bien deux écuries présidentielles se positionnant l’une par rapport à l’autre et regroupant en leurs seins diverses nuances qui s’opposent parfois radicalement sur certains sujets.

Cette transformation n’est pas nouvelle. Il est possible de la situer même assez précisément à gauche le début de cette transformation avec le congrès d’Épinay. La droite mis un peu de temps à comprendre qu’elle avait besoin de se positionner par rapport à ce qui est devenu depuis le bloc adverse mais l’UMP fut finalement créé.

La conséquence directe de cette transformation est que le travail idéologique disparaît peu à peu de ces structures. En fait, il se retrouve sous-traité auprès d’organisme spécialisé les fameux « Think tank » ou laboratoire d’idée. Un autre effet est que les militants des partis ne sont plus amené à participer à la production d’idée mais sont relégué au rôle d’arbitre des tendances et de petits soldats lors des campagnes.

C’est une transformation radicale de notre démocratie. En fait, il faut bien l’admettre, il s’agit d’un alignement sur le système politique américain. Notre mode de scrutin ne permet d’ailleurs plus d’inverser cette tendance. Cet état de fait a même été renforcé par le relèvement à 12,5% des inscrits pour l ‘éventuel maintien au deuxième tour ce qui enlève aux autres partis un élément de négociation pour leur survie.

Constat que certains estimeront pessimistes mais les faits sont têtus.

Ce qui m’intrigue c’est que cette évolution me paraît paradoxale. Face à un monde dont nous découvrons chaque jour la complexité, résumer la démocratie à deux blocs paraît simpliste. Ceci me donne envie de creuser ce sujet de ce qui fait la démocratie et des formes qu’elle peut prendre. Parfois malgré un système politique qui n’a de cesse que de la corseter.

C’est à cette investigation que j’ai envie de vous convier cette année. Encore et toujours la démocratie car la démocratie n’est jamais acquise et arrêter de la rechercher c’est assurer sa mort à court terme.

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Le troupeau aveugle de l’UMP contre une alternative centrale

Posted by olivier_anthore on 8th mai 2012

François Hollande a été élu. Résultat inéluctable, annoncé sur tous les tons par les sondeurs, depuis que la route s’est singulièrement dégagée devant lui l’année dernière. Nous verrons où il nous mènera mais la surprise, pour certains, a été LA décision de François Bayrou.

Surprise très relative pour ceux qui s’étaient donné la peine de lire ses livres depuis 2006 qui tous tendaient à s’opposer de manières frontales aux valeurs que défendait Nicolas Sarkozy. Je parle bien de valeurs et non pas de personne et c’est là tout le drame.

Maintenant qu’il est à peu près certain que nous ne verrons pas de sitôt M. Sarkozy sur la scène politique, il reste l’idéologie dominante de l’UMP dont il n’était que le porteur. Le rapprochement avec le FN devient de plus en plus évident, au grand dam de Mme Jouanno, et la volonté d’éliminer toutes voix discordantes se fait sentir.

M. Copé veut la peau de François Bayrou. Personne ne parle encore de croc de boucher mais on entend d’ici le bruit des couteaux qu’on affûte. Je ne m’inquiète pas pour François Bayrou, il en a vu d’autres.

Cela dénote juste l’état de décomposition idéologique de l’UMP. Aucune remise en question sur ce qui a pu pousser autant de gens à se détourner ainsi de ce parti. Mon bureau de vote, traditionnellement centre droit, a ainsi offert une majorité confortable à François Hollande. Du jamais vu ici.

Pourquoi ?

Il est clair que ce n’est pas pour le programme économique du président Hollande. Je serais d’ailleurs bien en peine de le défendre. Mais je pense que, comme moi, beaucoup se sont dit que l’on peut négocier un programme économique mais qu’on ne négocie pas avec l’Honneur.

« Tout est perdu sauf l’Honneur » écrivait à sa mère François Ier après Pavie. Et ce qui me navre c’est que visiblement l’UMP n’a pas su retenir cette leçon. Pour être plus direct, je reprendrais les paroles de Michel Volle, quand on prétend que le but de la politique c’est de gagner les élections, il ne faut pas s’étonner que trahison et prostitution deviennent la norme.

Notre opposition aux thèses du FN n’est pas une fausse pudeur. Elle est l’âme même de notre combat politique. Car, du MRP d’hier au Modem d’aujourd’hui, solidarité et fraternité font parties de notre ADN politique. La rigueur dans la gestion des comptes publics est une constante chez nous mais uniquement pour servir ces objectifs supérieurs.

J’ose rêver que certains à l’UMP se ressaisiront et sauront s’opposer. Ce troupeau aveugle qu’est devenu l’UMP va vers la désintégration de la droite républicaine. Je suis pessimiste. La logique d’appareil est souvent trop forte contre les individus. Mais s’il existe des esprits libres, qu’ils sachent qu’il y a une alternative et un rassemblement possible au centre.

C’est ce que nous devons construire dans les années à venir.

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L’éducation dans la campagne : un silence assourdissant

Posted by olivier_anthore on 1st mai 2012

Si je devais ne retenir qu’un phénomène dans la manière dont cette campagne présidentielle se déroule c’est la manière dont les journalistes et la majeure partie des candidats s’acharnent à éviter les sujets de fonds.

Toutes l’année dernière avec les pays arabes et avec les indignés grecs, espagnols et même canadiens actuellement, la question de la démocratie a été posée. Force est de constater que cette question a été soigneusement évitée si l’on excepte Mélenchon et Bayrou. Vaguement, mollement devrais je dire, Hollande semble vouloir aborder ce sujet. Nous verrons ce que les mois qui viennent amèneront.

Mais une des conditions de cette démocratie est l’éducation. Or nous constatons que cette condition se dégrade en France. Petit à petit notre pays lâche prise et ceci se voit dans les classements de notre pays au niveau mondial.

C’est pour cela que je suis étonné que le rapport de la cour des comptes caractérisants la répartition inégalitaire des moyens de l’éducation nationale ait fait aussi peu de bruit. On apprend en lisant l’article du Monde des choses que je trouve effrayantes.

Tout d’abord que l’Éducation Nationale peut se permettre de ne pas communiquer des informations à la cour des comptes. Comment peut on parler de surveillance du fonctionnement de l’État si la cour des comptes ne dispose pas des informations nécessaires ? Parle t’on d’enquête administrative ? Non. De sanction en cas de rétention d’information avérée ? Encore moins. Tout se passe comme si chacun admettait que l’Éducation Nationale n’est pas tenue de donner de manière impérative les informations à la cour des comptes.

Mais avec les informations fournies, la cour des comptes arrive à démontrer qu’il n’est pas bon d’être élève dans l’académie de Créteil. Je m’étais déjà étonné de l’incohérence des suppressions de postes annoncés l’année dernière dans l’académie.

Le rapport de la cour des comptes ne fait que confirmer que quelque chose ne va pas. Et lire que pour M. Jean-Michel Blanquer : « son affectation des moyens tient compte des nécessités de compensation » et que son mode d’attribution est « complexe mais pas opaque » me fait littéralement bondir. La simplicité et la lisibilité des actions de l’État sont aussi une des conditions de la démocratie. Car, sans cela, comment les citoyens peuvent ils se prononcer en conscience sur les grands choix de la Nation ?

La responsabilité de l’État est énorme et, ce que je crains, c’est qu’aucun des deux candidats ne s’attaquent sérieusement à ce problème.

Que feront 60 000 postes supplémentaires s’ils ne sont pas affectés là où les besoins sont réels ? Sans compter que leur financement me parait toujours très hypothétique

Que donneront des heures supplémentaires si elles sont effectuées par des professeurs dans des zones où les besoins sont déjà largement couverts ? Et là aussi le financement ne tient que sur une hypothèse de croissance que le FMI ne valide pas.

Il est regrettable que le seul capable d’avoir un discours cohérent sur ce qui déterminera notre avenir démocratique ai été aussi peu entendu dans cette campagne. Entendre des responsables d’associations de parents d’élèves ou des adversaires politiques le regretter n’a été qu’une faible consolation pour moi.

Bref, je vais suivre attentivement très attentivement le débat du 2 mai mais j’avoue que, sauf arguments nouveaux sur la répartitions des moyens de l’éducation, la tentation de les renvoyer dos à dos sera grande.

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Le spaghetti le plus long du Monde

Posted by olivier_anthore on 9th avril 2012

L’ambiance de cette campagne est proprement surréaliste. Il semblerait que la France, comme le signale The Economist, s’enfonce de plus en plus dans le déni de réalité.

Pas moins de trois candidats se sont précipités devant les micros avides pour défendre un permis de moins en moins cher pour arriver au permis gratuit. Un peu comme une compétition de spaghetti le plus long où chaque concurrent tire un peu plus pour gagner un millimètre sur son voisin.

Il n’y a plus qu’à attendre celui qui proposera de payer ceux qui le passent.

Il est cependant à craindre que le spaghetti casse à force de tirer dessus.

Loin de moi l’idée de dénier l’importance d’avoir son permis ! Mais, comme le remarquait plaisamment Jérôme Charré sur Twitter, pour que son permis soit utile il faut que l’économie fonctionne.

Finalement, tout est à l’avenant. Une série de mesures qui s’empilent avec un soi-disant chiffrage basé sur une hypothèse de croissance de 2,5%. Michel Rocard affirmait le 13 février dernier que cette hypothèse était « non plausible » et, surtout, que le pire était à venir.

Ne trouvez vous d’ailleurs pas étrange qu’aucun journaliste ne se soit aventuré à poser la question aux deux grands prometteurs ?

Mais il faut faire rêver ! Mais il faut du spectacle ! Confirmation risible de ce qu’annonçait, déjà, en 1967 Guy Debord. Notre société est devenu un spectacle où seule compte la marchandise.

Pour qu’un programme ait du sens, il faut partir d’un constat de l’état actuel de la société. Le baser sur un état probable n’a pas de sens dans la période d’incertitude que nous vivons. Compter sur la croissance, c’est jouer à la roulette russe sans savoir combien de balles sont dans le barillet.

Notre constat est d’abord l’impossibilité à continuer sans une remise en ordre profonde de nos finances. Une fois que l’hémorragie aura été jugulée, alors nous aurons les marges de manœuvres.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faille rien promettre. Cela veut juste dire qu’il s’agit de promettre ce qui est utile et que nous sommes capable de financer effectivement.

Et, surtout, comme le défend François Bayrou, cela implique que l’on retrouve un débat démocratique sain qui laisse de coté l’accessoire pour ne tenir compte que de l’essentiel.

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Que se passe-t-il en Syrie ?

Posted by olivier_anthore on 10th février 2012

Un massacre lent, méthodique, sadique d’une ville entière, la ville de Homs se déroule sous nos yeux. Sous nos yeux car le régime Syrien ne se cache même plus. Au contraire, il semblerait qu’il ait décidé de montrer ostensiblement sa capacité à massacrer.

Rappelez-vous que c’est sur la possibilité d’un tel massacre à Misrata en Lybie que nous sommes intervenus.

Et là ? Rien.

Ou si peu. En fait, la Russie mis son veto à la dernière résolution. Pourquoi ? Pour beaucoup de raisons. Car, finalement, cette élimination systématique et impitoyable d’une ville entière ne heurte que les sentiments humains pas les États.

La Russie défend ses intérêts, ou ce qu’elles croient en tenir lieu. Une base, un régime favorable. Mais elle n’est pas la seule à jouer sur le dos du peuple Syrien. La résolution rejetée n’était pas exempt de critiques. Et surtout le précédent Libyen et les libertés prisent avec la parole donnée, ont de quoi refroidir des États autoritaire peu favorable à toute démocratie.

Mais, me direz-vous, pourquoi aiderions-nous un peuple qui a toute les chances de se réfugier dans l’islamisme comme l’ont fait les pays récemment libérés ?

Si vous avez regardé les images, la réponse viendra naturellement. Ce que nous voyons là à l’œuvre est la même folie meurtrière qui a présidée à l’anéantissement de Varsovie et de Guernica. Nous, Européens, savons ce que ces mots veulent dire. Nous, Européens, savons ce qu’il en coûte de laisser faire.

Alors intervenir militairement sans mandat de l’ONU ? C’est une très mauvaise solution.

L’Armée Libre de Syrie serait alors assimilée à des collaborateurs de puissances étrangères. Leur donner les moyens de se battre, ce que nous n’avions pas fait pour les républicains espagnols, serait sans doute préférable.

Mais, face à l’armement de ceux resté encore fidèle à la famille Hassad, ce ne sera sans doute pas suffisant. Il faudra au moins faire intervenir l’aviation.  Et les pilotes qui oseront le faire n’auront pas une partie facile. La famille Hassad n’a pas que des obus pour les civils mais une collection complète d’armes anti-aérienne russe.

Alors intervenir quand même ? Envers et contre tout sachant que ce sera une vraie guerre ? Sachant que l’ONU n’autorisera jamais cette action ?

Je crois qu’il arrive un moment où le seuil de l’insoutenable est franchi et que seule la conscience doit être notre guide. Après avoir entendu les témoignages, après avoir vu les images, et surtout avoir constaté jour après jour le cynisme du régime de Damas, un acte doit être posé. Un acte fort, indiscutable, un message qui fasse comprendre que l’inacceptable est atteint que chaque enfant massacré à Homs aura un prix.

Liens intéressants :

Une vidéo prise du coté de l’armée du régime qui date du mois d’août

Chronique de Bernard Guetta : le Guernica multiplié par 6 de la Syrie

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Un état impartial : retour sur une proposition de François Bayrou

Posted by olivier_anthore on 31st janvier 2012

Cette campagne présidentielle est à l’image des temps : surprenante. Annoncé comme fini il y a deux mois, François Bayrou vient bousculer le petit jeu convenu et le scénario écrits d’avance du duel d’un affrontement gauche droite sous la menace de l’hydre d’extrême droite. Rien de nouveau sous le soleil.

François Bayrou a ressurgi sans doute grâce à sa capacité à mettre sur la place publique un de ces débats qui hante le peuple Français. Les dirigeants habituels avaient déjà baissé pavillon et n’osaient plus porter le débat sur le produire en France. Maintenant chacun se bat à être le plus francophile des producteurs. Quel ténor n’est il pas prêt à se précipiter dans une usine de soutien-gorge en annonçant apporter avec lui la solution miracle ?

Mais, comme souvent, on se trompe sur François Bayrou. Car cet homme est loin d’être l’homme destiné à se focaliser sur un seul problème. La lecture de ses livres montre à quel point il est capable de développer une vision cohérente d’un projet global pour une société.

Or, un des aspects qui est aujourd’hui le moins mis en avant dans son projet, est la volonté de construire un Etat impartial.
http://www.dailymotion.com/video/xo1d0x

Bien sur, un précédent candidat nous avait fait le coup de l’Etat irréprochable. On a vu ce qu’il en a été quand le candidat est devenu président.

Mais si vous voulez vous convaincre qu’il s’agit d’une vision et pas d’une formule, il vous suffit d’écouter les propositions de François Bayrou.

La nomination du garde des sceaux par exemple. Ce ministre au titre si particulier deviendrait un ministre approuvé par les trois quarts du parlement. Autant dire qu’il ne pourrait plus être nommé sans l’accord d’une part significative de l’opposition. Dans cette atmosphère de fin de règne où le soupçon rode dans toutes les affaires financières d’importance, avoir au dessus des procureurs une personnalité indiscutable changerait considérablement les choses.

De même, sa volonté de réformer les nominations des hauts fonctionnaires pour qu’ils soient approuvés, et plus empêchés, par une majorité qualifiée du parlement. De quoi s’agit il ? Tout simplement d’éviter les petits jeux de nominations qui ressemblent étrangement au système des prébendes de l’ancien régime.

Est il normal qu’un directeur de musée soit nommé par le président de la République ? Il est possible qu’un choix heureux soit fait mais comment éviter le soupçon quand il s’agit d’un ancien ministre ou collaborateur.

Mais à quoi bon me direz vous ? Qu’est ce que cela changera ? C’est simple tout.

Comment pouvons nous dire à nos enfants de se donner à l’école, qu’ils auront la récompense de leurs efforts s’ils entendent parler de telles nominations ? Nous même, arriverions nous à croire à la récompense de nos efforts si tous les jours on nous met sous le nez les soupçons de copinages ?

Un État impartial c’est un État exemplaire. C’est changer l’atmosphère de fin de règne pour une émulation collective vers le mieux.

On entend souvent dire qu’il n’y a pas de paix sans justice. La justice c’est de baser le fonctionnement d’un État sur le mérite. Le mérite ne dépendant pas d’une carte ou d’amitiés, vous ferez tout pour remplir au mieux votre rôle. Et n’est ce pas ce que nous pouvons légitimement attendre de ceux qui souhaitent servir l’État ?

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La sécurité et la violence

Posted by olivier_anthore on 16th novembre 2011

Voici le texte de ma cinquième chronique sur 133b

Que peut on raisonnablement attendre de l’équipement des forces de sécurité ? Voilà une des questions de la démocratie qui apparaît rarement ainsi dans le débat démocratique. Pourtant, vous avez entendu parler de ce problème dès que vous avez entendu parler des débats autour du Taser.

Sans rentrer dans le débat sur la dangerosité de cette arme, il faut comprendre que son arrivée dans les forces de sécurité correspond à un mouvement de fond qui a accompagné la mise en place de la démocratie.

En effet, le 13 Vendémiaire par exemple, quand Barras demanda au jeune Bonaparte de contenir une émeute royaliste, il le fit en tirant sur la foule au canon et au fusil. Difficile d’envisager aujourd’hui ce type de maintien de l’ordre.

Donc, petit à petit, le maintien de l’ordre s’est démilitarisé et, en parallèle de la démocratisation, l’arsenal du maintien de l’ordre s’est considérablement transformé. En effet, même turbulent, la république ne pouvait pas durablement maltraiter ceux qu’elle était sensé représenter.

Les forces de polices vont petit à petit sortir du giron purement militaire pour les missions de maintient de l’ordre. Ceci va se traduire par un changement dans leur équipement. Il faudra attendre un siècle pour voir le préfet Lépine, celui du concours, équiper en 1893 les policiers de bâton appelé matraque. Mot originaire d’Algérie d’où justement ce préfet républicain revenait d’avoir été gouverneur général.

La matraque restait une arme contondante, mais ce changement avait un sens profond. Les forces de police, même si elles pouvaient exercer la force, n’avaient pas pour vocation de tuer. Ceci est même fixé, en 1944, dans les règles d’utilisation des armes à feu pour les policiers : la légitime défense de soi-même ou d’autrui. A noter que la gendarmerie, faisant partie de l’armée, n’avait pas les mêmes contraintes.

Toujours sous l’impulsion du préfet Lépine, les gaz lacrymogènes firent leur apparition dès 1912. Mais c’est surtout à partir des années 30 qu’ils furent utilisés pour disperser les foules.

A la fin des années 60, le besoin d’autres armes dite non létales se fit jour essentiellement aux Etats Unis suite à des morts dans des manifestations contre la guerre du Vietnam. Apparurent alors, les bâtons caoutchoutés, les balles en plastiques, les flash-ball et enfin les Tasers.

On voit que l’équipement n’a fait qu’accompagner une volonté claire des démocraties de faire baisser l’intensité des violences lors du maintien de l’ordre. Parallèlement est apparu aussi le besoin de protéger les forces de l’ordre des violences. En effet, plus vous cherchez à limiter la violence, plus vous vous rapprochez des opposants et devenez vulnérables. Les casques et les boucliers furent la première réponse. Ils n’ont pas cessé d’évoluer, de plus en plus enveloppant et protecteur, ils deviennent aussi une barrière psychologique entre le policier et son opposant. Pour renforcer cela, les protections individuelles, gilet pare-balle et les protections des membres, apparurent aussi, transformant les policiers en véritables soldats en armures.

C’est finalement le coté paradoxal de cette évolution, alors que dans les faits la répression est de moins en moins mortelle, elle en devient de plus en plus effrayante et déshumanisée.

Le problème est aussi que cet équipement devient général. En effet, que des manifestants violents se retrouvent face à une force organisée et effrayante, je serais tenté de dire : c’est le jeu. Ce qui est plus inquiétant c’est de voir des policiers avec un équipement aussi peu rassurant patrouiller dans les cités. Cela renforce l’idée que, contrairement à ce que montre les statistiques, nous serions face à une augmentation dramatique de la violence.

L’équipement n’est finalement que la partie émergée de l’iceberg et, tout en s’assurant du niveau correct de nos forces de polices, il serait peut-être temps de se poser la question de la doctrine d’emploi de ces forces et de leur équipement. Un débat trop souvent laissé de coté et pourtant essentiel à la démocratie.

Liens intéressants :

Historique des armes de la police nationale (site Police Nationale) : http://www.policefr.com/docs/arme_PN.pdf

L’article de l’encyclopédie Larousse sur l’histoire de la police française : http://www.larousse.fr/encyclopedie/article/Histoire_de_la_Police_en_France/11005570

Interview de Bernard Huyghe « Il est normal de réfléchir sur les armes non létales » : http://www.fluctuat.net/6807-Armes-non-letales-entretien-avec-Bernard-Huyghe

Les quartiers ont ils la police qu’ils méritent, un débat sur France Culture dans l’émission du grain à moudre : http://www.franceculture.fr/emission-du-grain-a-moudre-les-quartiers-ont-ils-la-police-qu-ils-meritent-2011-10-27.html

Posted in Chroniques | Commentaires fermés sur La sécurité et la violence

 
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