Une vue excentrée

Regards de la périphérie

Archive for mars, 2009

Une éthique de la responsabilité

Posted by olivier_anthore on 31st mars 2009

G20 Londres

La nouvelle est tombée des lèvres présidentielles américaines : sans effort sérieux le gouvernement américain n’injectera plus d’argent dans les plus grosses compagnies automobiles américaines.

Il semblerait que l’ère du trop gros pour échouer (too big to fail) est définitivement vécue. Mais alors que va-t-il venir ?

Les premiers signaux de fumées du G20 ne sont guère encourageant, nos dirigeants ne semblent pas encore tout à fait au même niveau d’analyse et pour beaucoup revenir sur le mode de fonctionnement actuel semble inconcevable.

Bien entendu, les rodomontades françaises laisse entendre que de ce sommet des changements vitaux doivent être décidé.

Cependant pour beaucoup, la table rase n’est pas évidente. Elle l’est d’autant moins que idéologiquement, cette crise est l’occasion pour beaucoup de promouvoir un retour en arrière, à avant les années 80, le retour à un état providence.

En histoire, les retours en arrière n’ont jamais fonctionné, il est donc compréhensible que beaucoup soit frileux pour cette expérience.

Il faut aussi se poser la question de ce qui a été l’échec de cet état providence et qui a justement permis cette « révolution » néoconservatrice.

A la fin des années 70, suite aux deux chocs pétroliers, une politique de relance par la consommation a donné lieu à une période dite de stagflation. Pour sortir de cette période, les néoconservateurs ont dépecés l’état en supprimant ses moyens d’actions via les baisses d’impôts.

En corollaire de ces méthodes venait aussi un discours sur la responsabilité des managers qui, vu les risques qu’ils prenaient, avaient le droit a des salaires mirobolant.

Nous constatons qu’en fait tout ceci n’était qu’une poudre aux yeux pour faire passer la pilule au bon peuple. En effet, ces hauts managers savaient qu’en cas d’échec, une confortable rémunération leur était garantie par les conseils d’administrations. De plus, ils savaient aussi que l’état serait toujours là pour prendre le relais. Et c’est d’ailleurs ce que les différends plans mis en place font peu ou prou.

Il vient un moment où il est important de rappeler qu’aucune liberté n’a de sens si elle n’est accompagnée par une éthique de la responsabilité.

Et c’est ce que Barack OBAMA est en train de rappeler à des dirigeants qui espéraient un peu trop que la dette public leur permettrait de passer outre ce qu’ils considèrent comme une difficulté passagère. Il leur impose un changement culturel impressionnant quitte à leur imposer une alliance avec FIAT.

Hans JONAS, qui a beaucoup réfléchis sur la responsabilité, disait « Agis de telle sorte qu’une humanité soit ». Malheureusement, il pensait aussi que la démocratie représentative ne pouvait agir avec cette maxime. Le président américain est sans doute en train de lui apporter un démenti flagrant.

Cependant, nous ne pouvons pas nous contenter de nous arrêter là. Il nous faut réfléchir dans chaque acte quotidien sur comment agir pour que cette humanité soit.

Beaucoup me répondront que grâce au principe de précaution nous avons une réponse pour agir dans ce sens. Je ne le crois pas.

Le fameux principe de précaution est un instrument de peur qui empêche tout débat car, par exemple, se dire être pour les OGM vaut quasiment pour une condamnation à empoisonnement de l’Humanité.

Une éthique de la responsabilité se doit d’affirmer que si des erreurs sont possibles, il faut en assumer les conséquences. Elle ne doit pas promouvoir l’inaction comme le seul avenir de l’Humanité.

Nous devons apprendre à échouer pour s’enrichir de l’échec et préparer les réussites de demain. Nous devons aussi apprendre à gérer nos erreurs car elles sont inévitables mais elles ne deviennent graves que quand on les ignore.

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La citadelle assiégée

Posted by olivier_anthore on 30th mars 2009

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Imaginez une ville de 273 000 habitants défendue par plus de 25 000 hommes qui attend dans la crainte plus de 13 000 envahisseurs.

Quel spectacle digne d’une fresque épique ! Selon les points de vue de la caméra on peut imaginer les vaillants défenseurs face à des hordes sauvages ou, tout au contraire, de joyeux libérateurs venus faire tomber la sombre citadelle.

Cependant, tout ceci n’est pas un film. Cela arrive dans l’Est de la France, à la frontière avec l’Allemagne, dans la bonne ville de Strasbourg.

En laissant de coté les effectifs réguliers de la police nationale et les policiers municipaux, nous arrivons au chiffre impressionnant de quasiment un policier pour 10 habitants.

Il semblerait alors que Strasbourg devrait être la ville la plus sure de France mais en lisant cet article du Figaro, il est permit de penser le contraire.

De même, le G20 à venir à Londres devrait être tout aussi menacé et tout aussi protégé.

Bien sur ce n’est pas la première fois que cela arrive. La première, celle qui a marqué mondialement, est sans contestation la négociation de l’OMC en 1999 qui a donné lieu à la fameuse bataille de Seattle. Cela a continué lors aux tristement célèbres émeutes de Gênes en 2001.

Depuis, le  11 septembre, les diverses lois anti-terroristes et la focalisation sur le radicalisme islamique ont pu faire croire à la disparition du problème mais nous assistons depuis quelques mois au retour de la contestation radicale du système actuel.

Tout d’abord, résurgence des années 70, il y eut la volonté de l’Italie de solder ses comptes d’avec les membres du mouvement d’extrême-gauche. Il y eut aussi la libération des derniers membres vivant d’Action Directe. Et surtout, il y eut cette affaire tragico-comique de l’épicier de Tarnac : Julien Coupat.

Affaire tragique car rien n’est drôle lorsque l’on parle de la liberté d’un homme mais comique au vu du dégonflement de l’affaire au fur et à mesure du temps qui contraste étrangement à la foi du charbonnier de notre ministre de l’intérieur à propos de sa culpabilité.

Non, finalement, en vingt ans rien n’a changé sur ce front là. Tout parait bloqué. La contestation violente continue, s’installe, fait partie du paysage de ce genre de réunion sans que personne ne s’interroge.

Et pourtant. Pourtant nous vivons une crise que tout le monde nous décrit comme cataclysmique, les discours ne cessent de nous parler de refonder les règles du jeu, d’un monde qui ne sera plus jamais le même…

Il me vient parfois l’impression de deux mondes sourds l’un à l’autre, qui ne se comprennent plus, qui ne se parlent plus. Chacun renvoie l’autre à ses turpitudes, dictature de l’argent contre dictature du prolétariat. Comme une continuation vide de sens du 20ème siècle, ce fameux siècle qui est censé être mort lors de l’effondrement des tours.

Finalement, ce blocage semble les maintenir chacun bien en place : ils ne sont que les deux faces d’une même pièce. Si l’un venait à disparaitre, l’autre aurait du mal à perdurer.

Je souhaite pour ma part qu’ils disparaissent ensembles et avec le moins de casse possible. Il est devenu évident à tous lors de l’effondrement des économies planifiées que le marché était le meilleur outil possible. La crise actuelle nous a appris que le marché n’était pas parfait. Il ne peut pas être laissé sans régulation et, surtout, il ne convient pas à toutes les situations.

Dans ce siècle, d’autres citadelles seront à assiéger, d’autres à prendre mais qui auront peu à voir avec celles du 20ème siècle. Nous savons que nous devrons trouver à d’autres manières de produire, d’autres manières de vivre. Nous savons que, étrange retour en arrière, l’accès aux matières premières deviendra primordial et pas seulement pour l’énergie.

Il devient urgent de définir une troisième voie, qui comme les pays non-alignés du 20ème siècle, nous sorte de cette logique mortifère des blocs idéologiques. Car si, comme le disait Térence, rien de ce qui est humain ne m’est étranger  je sais aussi la leçon des siècles passés et de la manière dont sont traités ceux qui vivent dans les citadelles lorsqu’elles tombent.

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