Une vue excentrée

Regards de la périphérie

Un monde où l’argent bouge plus facilement que les hommes

Posted by olivier_anthore on 27th mai 2012

Après la séquence navrante de la droitisation extrême de l’UMP, les premiers signes de ces législatives montrent que l’ambiance risque de ne pas changer. Même si le discours reste apparemment ferme au sommet, la base de l’UMP semble se rapprocher de plus en plus du FN.

Un des discours qui semble rapprocher ces deux partis est celui de l’immigration. C’est pour cela que je voudrais attirer votre attention sur un débat qu’organise le vendredi premier juin le CCFD – Terre solidaire.

Car, aidé par des images appropriées, il est facile de faire croire à un envahissement de l’Europe par des hordes venues du Sud. Nous sommes tous dominés par l’idée que la chute de l’Empire Romain était liée à la venue de hordes de l’Est. Mais il est intéressant de se confronter aux chiffres de temps en temps.

L’estimation par les Nations Unies du nombre de migrants dans le monde est de 230 millions. Seulement, ces migrations sont majoritairement d’un pays du Sud vers un autre pays du Sud. L’émigration vers un pays développé ne concerne que 40% de ce chiffre soit 90 millions. Si on imaginait que ces « hordes » arrivant sur l’Europe, il faut se rappeler que nous étions 502 millions en 2011. On ne peut pas dire que nous risquions d’être débordés.

Cependant, pour la France, la seule émigration qui génère la peur est celle issue de l’Afrique. Il est intéressant dans ce cas de remarquer que seulement 1% de la population Africaine vit en Europe. Soit 9,2 millions de personnes si je me réfère à la démographie du continent Africain en 2005.  Bref pas de quoi effrayé les 63,6 millions de personnes de nationalités françaises.

Nous voyons là que tous raisonnement faisant premier l’immigration n’est pas rationnel.

Par contre, il est clair que la perte générée par l’évasion fiscale, 590 milliards d’euros, largement plus élevée que le budget de la sécurité sociale. Elle est donc plus impactante sur notre modèle de société que l’immigration.

Je serais donc présent à ce débat, curieux de voir ce qu’il s’y dira.

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Et si on parlait de science économique ?

Posted by olivier_anthore on 25th octobre 2011

Ma deuxième chronique diffusée sur 133b

C’est la crise. Combien de fois déjà avons nous entendu cette phrase ? Avons nous souvenir d’une période où justement ce n’était pas la crise ? Pour ma part, depuis ma naissance, je suis né en 1970, ou du moins depuis que j’ai conscience du monde, j’ai l’impression que la crise est un état permanent.

Or, par définition la crise est passagère correspondant au passage d’un état vers un autre. Alors quid ? La France, patrie des armes et des lois, aurait elle inventé la crise permanente à défaut de la révolution permanente ?

Ou alors serait-ce pas que nous vivons en permanence dans un pays où discours politique et réalité seraient en déconnexion permanente depuis plus de trente ans ?

Cette déconnexion est rendue criante par l’apparente incapacité des hommes politique à parler clairement d’économie. Des petites phrases sont jetées en pâtures aux médias et, sans s’attacher au fond, nous n’arrivons à retenir que la forme. Force de la formule, misère de la réflexion.

Il y a pourtant des grandeurs simples qui permettent de comprendre rapidement un problème : Produit Intérieur Brut (PIB), inflation, valeur importée et exportée.

Mais ces quelques grandeurs ne prennent sens que si on admet quelques hypothèses. Une de ces hypothèse est que nous vivons dans un monde ouvert. Cette hypothèse peut être contestée, c’est une hypothèse et donc elle peut être soumise à un choix politique.

La question, si l’on souhaitait la remettre en cause, serait de définir un espace clos ou quasi-clos à dimension nationale ou européenne.

Nous retrouverions cette tentation récurrente de l’autarcie. Autarcie qui générerait alors ses propres problèmes, il n’y a pas de solution miracle, comme par exemple un coût beaucoup plus élevé des importations et donc un changements assez radical de mode de vie. Un choix démocratique qui mériterait d’être débattu donc en particulier sur les aspects de sa faisabilité.

Faisabilité car, pour la mettre place il faut savoir sur quel territoire on se base. Une dimension nationale stricte semble aujourd’hui difficile pour la majorité. Ce serait le glas de l’Union Européenne, ce qui peut être encore un choix politique mais qui apparaîtrait contre le sens de l’histoire au vu des grands blocs qui structurent le monde d’aujourd’hui.

Alors au niveau européen ? L’idée est séduisante. En effet, avec ses 27 pays, 33 avec les potentiels entrants, nous aurions un marché suffisant et des capacités de production permettant, presque, de nous passer du reste du monde.

Mais il apparaît difficile à la France de décider seule, quand bien même nous serions convaincu, car, pour le coup, on comprendrait que sur un tel sujet seule l’unanimité serait juste. Une économie comme l’Allemagne, tournée vers le monde avec près de 30% de ses importations et 25% de ses exportations hors d’Europe en 2006, se remettrait difficilement d’un tel choix.

On voit ici un des enjeux qui se dessinent dans les débats économiques. C’est une question de choix, que sommes nous prêt à accepter comme évolution pour notre pays ? L’illusion serait de croire que ces choix soient sans incidences sur notre quotidien. Encore pire serait l’illusion de croire que l’un d’entre eux nous ramènerai à une époque bénie, et illusoire, où coulait le lait et le miel.

Fondamentalement, ce qui explique l’apparence complexité du discours sur l’économie, c’est que contrairement au discours sur l’économie, l’économie a changée. Les choix sont alors de décider de nous adapter résolument à la nouvelle donne comme l’Allemagne et le Royaume Uni ou de nous y opposer partiellement ou totalement. Pour ce dernier choix, il faudra juste réaliser que nous serons les seuls en Europe à faire ce choix et en tirer les conséquences.

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Une soirée avec François Bayrou

Posted by olivier_anthore on 15th juillet 2011

Un peu débordé ces derniers temps, je n’ai même pas eu le temps de mettre en ligne le « livetweet » d’un discours de François Bayrou fait le 23/ mai 2011. Petites notes prisent à la volées et limitées à 140 caractères, ce livetweet n’a pas la prétention de rendre compte du discours mais de faire ressortir quelques petits traits saillants.

Vous y trouverez beaucoup des thèmes familiers à ses discours : la désindustrialisation, l’éducation et, de manière transverse, l’exigence de justice.

Je vous laisse vous faire votre idée :

Direction le Plessis Trévisse pour la rencontre entre François #Bayrou et les militants du 94

Arrivée de François #Bayrou et discours souvenirs de J. J. Jegou

Je ne suis pas connu pour dire du bien de tout le monde. Je sais être sévère avec ceux qui le mérite. #Bayrou

Comme Jean Jacques je ne mets pas la carrière politique au dessus des idées. #Bayrou

Vous savez que notre pays va mal ce qui est un mystère pour moi. Car nous avons tellement d’atouts inexploités. #Bayrou

En France l’égalité des chances n’existe pas : seul le hasard joue pour le « bas » de la pyramide. #Bayrou

La France vis une série de traumatisme profond qui semble ne pas vouloir s’arrêter. #Bayrou

Madame Lagarde a menti devant la commission des finances de l’assemblée nationale sur le montant donné à Tapie. #Bayrou

Un pays a besoin d’avoir confiance dans leur gouvernant. Pas pour faire des miracles mais pour leur dire la vérité. #Bayrou

15 jours après avoir porté plainte contre elle, Aubry et Hollande la soutiennent pour le FMI ! #Bayrou

Petit gag : François #Bayrou répond sur le portable d’une dame et premier rang

Les députés aujourd’hui ont leur mandat non par le peuple mais par le président et la vague de l’élection. #Bayrou

Moi ça m’irait bien qu’il y ait de vrai sondage mais pas des manipulations qui n’ont plus de sens. #Bayrou

Nous avons besoin d’un changement tranquille et profond pour la France. C’est notre premier enjeu #Bayrou

Le deuxième enjeu pour notre pays est de lutter contre notre appauvrissement. #Bayrou

Le problème ce n’est pas le salaire car les salaires allemands sont plus élevés qu’en France. #Bayrou

La différence de prix entre un jean turc et français serait de 4€. Alors pourquoi ne pas le faire ? #Bayrou

On peut sans changer de style de vie économisé 15% de notre consommation d’énergie : en changeant de conduite. #Bayrou

Il n’y a aucune bataille perdue dans la production industrielle en France. #Bayrou

Le troisième enjeu est de rendre à notre pays l’éducation qu’elle mérite : la meilleure ! #Bayrou

Le plus gros problème dans les familles ce n’est pas de ne pas parler le français mais de ne pas parler aux enfants. #Bayrou

Je suis persuadés que ce qui se passe au sud de la méditerranée va faire bouger au nord comme en espagne. #Bayrou

On ne peut pas mener un pays où les gens vivent avec 700€ par mois. #Bayrou

Il n’y a pas de baguette magique mais il y a une volonté et une bataille à mener. #Bayrou

Questions de la salle. #Bayrou

Je ne comprends pas qu’on puisse payer des charges sociales, des impôts et se voir refuser des papiers ! #Bayrou

Je pense qu’un des enjeux de la campagne à venir va être de tirer le pays vers le haut. #Bayrou

Je pense que nous devons considérer les français comme des responsables et pas des consommateurs à manipuler. #Bayrou

Une mesure concrète que je veux défendre pour l’éducation c’est une école des parents. #Bayrou

Il faut remettre en route les RASED. #Bayrou

Morin et Borloo ? Ce sont des sornettes ! Après 9 ans d’approbation on ne peut pas s’opposer ainsi ! #Bayrou

Il y a une solidarité européenne de fait mais ma responsabilité c’est de penser pour la France. #Bayrou

Il faudra de nouvelles recettes à condition qu’elles soient justes. Une nouvelle tranche de l’impôt sur le revenu est à étudier. #Bayrou

Il y a en France des milliardaires qui ne payent pas d’impôts ! #Bayrou

Je pense que le financement de la dépendance doit être prise moitié sur la solidarité nationale et moitié sur l’assurance. #Bayrou

Fin de l’intervention de François #Bayrou. Direction le buffet :)

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Culture atomique

Posted by olivier_anthore on 15th avril 2009

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Parmi les gourmandises dont j’abuse sans modérations, s’il en est une que je recommande à tous c’est bien la lecture de la revue « Le Débat ».

Dans celle de ce début d’année, vous trouverez une série de textes assez courts qui se répondent autour du livre de François Jullien « De l’universel, de l’uniforme, du commun et du dialogue entre les culture ».

Ces textes parlent de beaucoup de choses de manières très intelligentes et je n’ai guère les moyens d’y ajouter quelque chose mais il y a quand même un point qu’il me semble intéressant de développer.

En effet, François Jullien apporte un distinguo essentiel entre l’universel et l’uniforme. En clair, ce n’est pas parce qu’Harry Potter est disponible partout dans le monde que c’est un texte universel. Cela veut juste dire que l’industrie culturelle a tendance à vouloir uniformiser les goûts et les cultures.

Comment ne pas lui donner raison quand on voit l’impact qu’a pu avoir la télévision sur nos habitudes et qu’elle continue d’avoir aux îles Fidji par exemple.

Cependant, j’aimerais apporter un certains nombre de bémol sur cette vision d’une uniformisation grandissante.

Une première réflexion vient de l’incroyable popularité de Winnie l’ourson dans la culture populaire polonaise. Le livre Winnie L’Ourson a été élu par les lecteurs de la revue « Kanon na koniec wieku » en 1999 parmi les 25 livres les plus importants du XXème siècle. Contrairement à ce que pourrait faire croire une analyse rapide, il ne s’agit pas là d’une soumission à la culture anglo-saxonne car des auteurs comme Boulgakov, Camus et Eco, entre autres, y tiennent leurs places. Non, tout simplement ce texte a été assimilé, les polonais se sont approprié ce héros, ils l’ont naturalisé polonais si bien que pour eux il s’agit d’un héros plus polonais que Britannique.

Umberto Eco affirmait dans sa préface de « Le nom de la rose » : « l’auteur devrait mourir après avoir écrits pour ne pas gêner le cheminement du texte ». En effet, un texte une fois donné à lire appartient à celui qui le lit, pas à celui qui l’a écrit. De même donner à lire un texte de n’importe quelle culture à des représentant d’une autre culture risque fort de réserver quelques surprises. Il y a finalement peu de moyen de savoir par avance ce qui va en être retenu et comment le texte sera effectivement assimilé.

Une autre réflexion est que la tendance actuelle de la technologie, loin de favoriser une uniformisation, favorise au contraire, à travers les outils d’hyper personnalisation, une atomisation de la culture. En effet, nous pouvons définir de plus en plus finement, de plus en plus particulièrement nos goûts, nos attentes. Les arguments d’autorités sont de plus en plus discrédités. Qui parmi vous lis une critique cinématographique d’un expert certifié avant d’aller voir un film ? Qui demande son avis à son entourage immédiat ou à son réseau social ?

S’il y a bien une uniformisation, elle ne se fait pas par une conspiration industrielle mais tout simplement par une dévalorisation du jugement des experts au profit de la « sagesse de la foule ». Ce qui fait la force de cette sagesse c’est qu’elle nous considère tel que nous sommes, en tenant compte de notre spécificité individuelle et pas tel que nous devrions être en tenant compte du standard culturel auquel nous appartenons.

Je devrais dire auquel nous sommes censés appartenir car après tout cette appartenance se devrait d’être explicite et non pas implicite comme c’est le cas très souvent. Il fut un temps où il existait des livres qu’il fallait avoir lus, des films qu’il fallait avoir vus, des musiques qu’il fallait avoir écoutées. Cet ensemble de « must » définissait un standard culturel, une culture « classique » qui, régulièrement, était renouvelée une culture classique nouvelle remplaçant une culture classique ancienne. Ce temps semble maintenant révolu et, paradoxalement, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle.

En effet, à quoi sers cet hyper-choix si pour nous construire nous n’avons que les conseils de gens tout aussi perdu que nous ? N’est-ce pas l’aveugle qui guide l’aveugle ? Ne sommes nous pas passé d’une construction culturelle verticale, presque dictatoriale, à une absence totale de construction ? Je crains pour ma part que ce que François Jullien prends pour de l’uniformisation ne soit finalement qu’une bouillie informe et grise.

Lien intéressant : interview de François Jullien par Philomag

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