Une vue excentrée

Regards de la périphérie

L’exécution de Troy Davis

Posted by olivier_anthore on 22nd septembre 2011

Troy Davis a été exécuté cette nuit. Par cette étrange raison qu’on appelle l’empathie, la mort de cet étranger m’a touché. Je ne savais pas s’il était opportun d’en parler. Après tout que peuvent maintenant réparer les mots ?

Mark Mc Phail, policier tué à une station de bus, était amèrement pleuré par sa famille. Maintenant, la famille de Troy Davis, accusé et condamné pour ce meurtre, pleure la mort de Troy. Une vie pour une vie ? Non. Deux morts, deux familles qui pleurent la mort de celui qui leur a été arraché.

« Œil pour œil et le monde finira aveugle » disait Gandhi.

Il a donc été exécuté à 23h08 heure locale. Et ce devant la famille du policier tué. Jusqu’au bout il a clamé son innocence, jusqu’au bout il a imploré la clémence du Seigneur sur ceux qui lui donnait la mort.

Alors, devant cette absurdité du monde que faire ? Que dire ? Une parole ou un acte rendront ils le policier Mc Phail à ses deux enfants et à sa femme ? Non. Comme rien ne pourra plus réparer le mal fait à Troy Davis. Ce qui serait définitivement horrible, c’est que l’innocence, proclamée par beaucoup, de Troy soit avérée.

Alors, encore une fois, pourquoi parler devant cette absurdité de la peine de mort et notre impuissance à faire évoluer ceux qui la pratique ?

Depuis ce matin je me retournai cette question quand j’ai entendu la voie calme et lumineuse de Mme Sandrine Ageorges-Skinner.

Sandrine Ageorges-Skinner par franceinter

Son mari est condamné à mort au Texas

Cette dame m’a rappelé cette vérité simple, cette évidence qui m’est venue à l’esprit, le silence tue plus surement que l’impuissance.

Elle nous rappelle que les États tuent encore et pas qu’au États-Unis et que même si on ne peut plus rien pour Troy Davis, Lawrence Brewer et Alireza Molla-Soltani d’autres attendent d’être exécuté.

Alors je résignerai les pétitions d’Amnesty. Sans hésiter, sans me poser la question de l’innocence ou de la culpabilité du condamné. Je continuerai à dire que partout, et en toute circonstance, aucun état au monde ne doit s’arroger le droit de vie et de mort sur ses citoyens.

Je sais le malaise de certains devant le bruit fait sur un cas particulier comme celui de Troy. Mais, si personne ne crie jamais, c’est le silence et la mort qui gagneront.

Merci Mme Ageorges-Skinner de nous rappeler ces vérités simples.

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Lettre Texane

Posted by olivier_anthore on 25th mars 2010

Au moment où j’écris ces mots Hank Skinner est encore vivant. Son histoire est hallucinante dans une démocratie car, pour endosser la faute d’un crime, un coupable a été désigné. Qu’il soit l’auteur ou non de ce crime importe peu : il a été désigné comme coupable et la justice de son pays l’a condamné à mort.

S’il vous faut une preuve de cette affirmation qui peut paraitre choquante, elle vient d’être apportée par la cour suprême des États-Unis trois quart d’heure avant l’heure prévue de son exécution. En accordant un sursis pour vérifier la recevabilité comme preuve d’un cheveu trouvé sur le lieu du crime, elle considère que ce qui, en bonne logique, aurait du être considéré comme un élément nécessaire à la manifestation complète de la vérité a été écarté de l’enquête.

Cela montre aussi qu’il ne peut y avoir de bonne justice là où il y a la peine de mort. C’est la seule peine qui ne peut être révisée, avec elle, il ne peut y avoir d’erreur mais uniquement des fautes.

En France, où le fonctionnement de notre justice peut être tout autant critiqué, nous échappons à cette faute grâce à cette loi Badinter qui reste un grand moment de notre république. Pour autant, à la lumière de la réforme à venir de notre justice, nous devrions regarder attentivement ce type d’affaire.

En effet, sans détenir la vérité, nous pouvons faire une hypothèse légitime sur l’innocence de M. Skinner. Quel mécanisme peut ainsi entrainer un homme à être désigné coupable en écartant systématiquement toute hypothèse alternative ?

Au Texas, si le parquet est indépendant, il ne mène que l’enquête qu’à charge avec l’aide de la police locale. Or, cette police est très loin de porter M. Skinner dans son cœur. Cela peut expliquer des négligences dans la manière de trouver des arguments à décharge.

Face au parquet, l’accusé doit avec l’aide de ses avocats trouver les arguments et les preuves pour défendre sa cause.

Lutte qui peut être extrêmement inégale selon les moyens dont chaque camp peut disposer. De quoi mettre en doute la capacité d’un juge et d’un jury pour trier le bon grain de l’ivraie si, par exemple, on ne leur présente que des preuves à charges et que l’accusé est incapable de réunir les preuves à décharge.

Cette organisation est celle vers laquelle la justice française risque d’être entrainée. Avec la différence de taille que le procureur n’aura pas l’indépendance dont les procureurs américains peuvent se targuer.

Ne nous trompons pas de combat, il s’agit de la vie d’un homme condamné à mort sans avoir eu le droit à un procès équitable. Mais s’élever contre la condamnation d’Hank Skinner, c’est aussi lutter pour la liberté de tous : un peuple qui accepte une condamnation dans ses conditions à plus à craindre de la justice qu’à en espérer. Que ce soit au Texas ou à Outreau.

Liens intéressants :

Site officiel d’Hank Skinner

Portrait d’Hank Skinner sur le site abolition.fr

Sursis pour Skinner, euphorie devant la prison de Huntsville (LCI)

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