Une vue excentrée

Regards de la périphérie

Décision de justice sur l’expulsion d’un camp Rom du canton Créteil Ouest

Posted by olivier_anthore on 30 octobre 2010

Il y a des moments où l’actualité fait brusquement irruption dans votre vie. Ce qui était un débat abstrait sur des événements vu au journal de vingt heures vous oblige à prendre position.

En l’occurrence, j’apprends via un article du Parisien qu’une décision de justice vient d’être prise demandant l’évacuation d’un camp Rom se situant sur le canton de Créteil Ouest.

Le terrain où ces hommes, femmes et enfants avaient trouvés refuge est un terrain de l’Etat et, logiquement, l’occupation a été jugée illégale. Ce qui pose problème, ce n’est pas la loi mais l’utilisation qui en est faite.

Pour « reprendre la main » sur la sécurité, notre président s’est senti obligé de stigmatiser les Roms et les gens du voyage comme une source de problèmes en France.

Si des gens violent la loi, la loi doit s’appliquer. C’est la règle de base de la République. Et elle s’applique tous les jours et à tous sans qu’il soit besoin de faire un discours sous les projecteurs et les caméras de télévision.

Je veux faire confiance aux forces de l’ordre dans l’application de cette décision mais que se passera-t-il après ? Le problème n’est pas l’application de la loi mais le devenir de ces gens. Détruire leur campement, les jeter à la rue et finalement déplacer le problème n’est pas une solution.

Or, aujourd’hui, le gouvernement n’offre que deux solutions. Un retour subventionné en Roumanie (avec la certitude de leur retour à terme) ou les laisser errer sans autre but que de refaire un autre campement ailleurs. Ceci n’est pas acceptable ni digne de la France !

Des actions sont menées pour faire face à ces situations. A Choisy, où la ville a acheté un terrain à la SNCF, les Roms expulsés sont hébergés dans des caravanes fournies par la fondation Abbé Pierre. Le Conseil Général a monté un hébergement dans une gendarmerie désaffectée de Saint Maur. Pour la communauté d’agglomération Plaine Centrale, dont fait partie Créteil, une nouvelle aire d’accueil a été prévue en plus de celle déjà présente sur notre canton.

Mais est-il acceptable que, pour une pure stratégie électoraliste, le gouvernement se désintéresse des conséquences de ses propres actions ? Est-il acceptable que ce soit les collectivités locales qui se trouvent à compenser ces manquements ? Manquements d’un gouvernement qui ne se prive guère de stigmatiser les dépenses des collectivités locales.

Il y a là quelque chose d’inacceptable car cela heurte à la fois notre conscience humaine et notre conception de la République. Nous avons une obligation morale d’accueillir dans des conditions dignes ces hommes, ces femmes et, surtout, ces enfants. Les accueillir dans la communauté nationale et leur donner une chance d’y apporter ce qu’ils ont de meilleurs. Cet accueil conditionné par la volonté d’intégration ce qui est le cas en l’occurrence.

C’est ainsi que notre grande nation s’est construite, c’est ainsi qu’elle sera fidèle à son idéal républicain.

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2 Responses to “Décision de justice sur l’expulsion d’un camp Rom du canton Créteil Ouest”

  1.   Jm Briennon Says:

    Une petite précision, la ville de Choisy-le-Roi n’a pas acheté le terrain à RFF, mais l’a loué pour six mois, le temps de trouver une solution raisonnable.

    Cette approche, qui a autorisé un traitement humain suite au démantèlement du camp Rom en août, n’est pas parfaite mais a apporté une réponse rapide et assez efficace.

    Néanmoins, il ne faut pas oublier qu’elle a un coût (location du terrain, subvention à la fondation Abbé Pierre qui assure la gestion au quotidien du campement, etc.). A ce jour ce coût est supporté, de manière injuste, par la seule ville de Choisy-le-Roi. le groupe UMP du Conseil Municipal a bien proposé, au motif qu’il faut assumer sa solidarité, de mettre en place un impôt spécial…les habitants apprécieront. C’est pourquoi nous avons soutenu la demande de la majorité PC/PS visant à ce que l’Etat paticipe au financement de cette opération, même si nous ne nous faisons pas beaucoup d’illusions.

    Il nous semble que l’Europe doit jouer un rôle nécessairement prééminent dans le traitement de cette situation :
    • Par une nécessaire coordination des gouvernements européens,
    • Par un contrôle régulier et approfondi des fonds européens mis à disposition de la Roumanie et de la Bulgarie pour les projets sociaux d’intégration des Roms,
    • Par une aide aux collectivités locales qui sont dans l’obligation de se substituer à l’État pour héberger et nourrir les victimes du démantèlement des camps.

  2.   olivier_anthore Says:

    Merci pour la précision Jean Marc.

    Je ne peux qu’abonder en ton sens pour les fonds européens, j’ajouterais que l’aide européenne doit aussi favoriser la scolarisation des enfants.

    C’est probablement par la scolarisation que nous arriverons à résoudre l’intégration de population européenne nomade dans le respect de leurs identités.