Une vue excentrée

Regards de la périphérie

Créteil 11ème ville la plus dynamique de France selon le Figaro

Posted by olivier_anthore on 27 août 2017

Quand le Figaro classe Créteil comme la onzième ville la plus dynamique de France sur cent treize, il y a de quoi être étonné. Le Figaro n’est pas le journal le plus favorable à la ligne politique qui a dominé la ville depuis 1977. On peut y voir là une obligation due à l’honnêteté.
Cependant, tout classement ne prends sa signification qu’à travers les critères qui ont été retenus.
Créteil est première pour la couverture 4G. Il est difficile d’y voir le fruit d’une volonté déterminée de la mairie.
Notre ville est aussi huitième pour la création des entreprises. C’est excellent mais encore une fois, difficile d’y voir un effet de la politique municipale. C’est un effet essentiellement de la vitalité de notre population. Surtout que, le taux de survie a 5 ans est catastrophique : nous sommes 111ème sur 113. Ce chiffre demande des analyses plus poussées mais mon expérience de la ville montre que nous souffrons ici plus qu’ailleurs du manque de structures adaptées pour aider les entreprises à croître.
Surtout que notre ville depuis 2010 construit de moins en moins malgré des grands projets qui masquent la réalité. Surtout que notre ville a très peu de logement de vacants. De quoi expliquer les plaintes régulières de nos concitoyens qui constatent que leurs enfants doivent partir de Créteil. Et qui justifie le discours amer quand ils voient arriver dans les logements sociaux de la ville des personnes d’autres départements.
Créteil a deux chances : être une préfecture et être proche de Paris. Nous sommes les passagers clandestins d’une prospérité générale. Il y a un potentiel énorme dans cette ville. Il faut juste se donner les moyens de le faire fructifier. Être une des villes les plus dynamique de France donne plus d’obligation pour les responsables politiques que de motif d’auto-célébration.
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En mémoire des enfants du Vel’ d’Hiv’

Posted by olivier_anthore on 16 juillet 2017

Je me demande s’il faisait chaud ces jours là. Et, comme beaucoup, je me demande comment j’aurais réagis si la police était venu chercher les voisins. Ou bien s’ils étaient venus me chercher moi et ma famille.

C’était il y a 75 ans. Si loin et pourtant si proche. Les humains n’ont pas tellement changés. Depuis l’expérience de Stanford, on sait que des gens tout à fait normaux peuvent devenir les pires tortionnaires. Hannah Arendt en a même expliqué le fondement : la banalité du mal.

Les hommes, les femmes et les enfants qui ont été raflés les 15 et 16 juillet ont été désignés par la France. Ils ont été enlevés et séquestrés par la France. Et c’est la France qui les a livré aux nazis. C’est un fait entendu depuis la déclaration historique du président Jacques Chirac. A peine une centaine de survivant sur les treize mille raflés. Aucun enfant n’a survécu.

Mais ces décisions et ces actes ont été portés par des hommes. Des hommes qui n’ont pas refusés ce rôle. Des hommes qui ont fait si peu pour gêner la machine. Bien sûr certains ont été jugés. Le préfet de police Émile Hennequin a été condamné à 8 ans de travaux forcés à la libération. Il fut gracié un an plus tard. Pierre Laval a été fusillé. Jacques Doriot, lui, est mort dans un mitraillage en Allemagne où il avait suivi les troupes allemandes.

Mais René Bousquet a échappé à l’épuration et a été assassiné par un raté avant que son procès ne puisse se tenir. De même Jean Legay mourut avant son procès. Mais André Tulard ? Il n’a même pas perdu sa légion d’honneur. Et les chevilles ouvrières de cette organisation ont échappé à tout procès. Car il faut des gens pour donner des ordres, organiser les camps et en assurer la logistique.

La France reconnaît sa culpabilité mais je n’ai pas entendu parler d’une enquête sérieuse pour établir toutes les responsabilités. Pas de commission d’enquête pour dire qui a fait, qui a porté ces actes.

Non pas que je veuille m’instituer procureur dans une affaire dans laquelle je n’ai aucune légitimité. Mais je ne peux accepter que mon pays, et donc moi-même, soit considéré comme coupable d’un crime sans en connaître toutes les responsabilités.

Il faut la mémoire. C’est important. Mais il faut la justice aussi. Car qu’est ce que la mémoire sans la justice ? De quoi faisons nous mémoire si nous oublions qui a porté ces actes et si nous ne mettons pas une bonne fois pour toute au jour tous les faits ?

Si je dois léguer cette douloureuse mémoire à mes descendants, je leur doit une mémoire complète. Ce ne sont pas des fantômes qui ont agit mais des êtres de chair et de sang. Même si comme le soutien Hannah Arendt, beaucoup ont cédé à la banalité du mal, c’est justement pour établir cette banalité que la justice prends du sens.

C’est en ayant une plaine connaissance de la mécanique de déshumanisation que nous pourrons garder une mémoire utile pour les générations futures. C’est la méconnaissance qui permet la reproduction.

Pour que plus jamais des enfants soient enlevés un jour d’été pour être engloutis dans une nuit étouffante.

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Une femme est morte, une mémoire reste

Posted by olivier_anthore on 1 juillet 2017

Mme Simone Veil a été pour la France une de ses figures tutélaires européennes.
Elle portait dans sa chair la trace de l’horreur qui avait ravagé notre continent. Elle avait fait partie de ceux qu’on désignait comme Untermenschen. Et elle avait survécu. Sans doute par rage autant que par détermination. Elle le reconnaissait lors d’une interview : les doux mourraient dans les camps. Il fallait être dur. Mais, et c’est ce qui fait d’elle un être exceptionnel, on pouvait être dur sans cesser d’être humain. Je me rappelle le témoignage d’une déportée parlant d’elle avec émotion et du cadeau d’une robe qu’elle lui avait faite.
Les camps ne l’avaient pas brisé. Elle est revenue vivre ce que la barbarie voulait lui retirer. Et quelle vie de femme a-t-elle eu ! Magistrate d’abord. Elle s’est intéressée aux prisons et aux conditions de détentions ensuite. Tocqueville l’avait fait aussi. Ce qui l’a amené à la politique.
Et c’est sans doute là que l’on peut voir que, malgré son fichu caractère, elle n’a jamais perdu le sens de la mesure. Appelée au gouvernement par un premier ministre de droite, Jacques Chirac, elle pris rapidement une position centriste dont elle ne s’est jamais départie.
Elle incarnait ce centrisme soucieux des valeurs humaines, historique et ouvert à la modernité. Elle pouvait dans un gouvernement de droite défendre et faire passer des lois identifiées à la gauche.
Car ce qui compte n’est pas de savoir d’où vient l’idée mais ce qu’elle peut apporter à nos frères humains.
Elle fut donc la ministre du droit à l’avortement. C’est ainsi que j’entendis la première fois son nom. A la radio, dans la voiture de mon père, je me souviens de cela. Du commentaire du journaliste dont je comprenais difficilement les mots, mais d’où ressortait une image d’une femme seule face à une assemblée hostile. Je me souviens des images au journal télévisée de cette dame élégante assise attentive devant des hommes parlant à la tribune. Calme, fermeté, ce sont des images qui marquent l’enfance.
Et puis il y eut Simone Veil porteuse de la cause des femmes. Avec la mise en place des femmes-relais. Simone Veil l’Européenne, première femme présidente du parlement européen et ce mémorable emportement lors de la guerre de la guerre de Yougoslavie. Simone Veil écrivaine et académicienne qui témoigna de notre passé tourmenté avec force et élégance.
Quelle vie. Quelle belle vie ! Quel cadeau fut elle pour notre pays !
Quelle immense tristesse de la voir partir.
Mais il nous reste une chose importante sur laquelle elle insistait avec obstination : la mémoire. C’est son leg et, si nous avons pour elle un sentiment d’admiration, c’est ce que nous devons faire fructifier.
La route est devant nous.
Aujourd’hui, 60 ans après, un nouvel engagement doit être pris pour que les hommes s’unissent au moins pour lutter contre la haine de l’autre, contre l’antisémitisme et le racisme, contre l’intolérance.
Les pays européens qui, par deux fois, ont entraîné le monde entier dans des folies meurtrières, ont réussi à surmonter leurs vieux démons.
C’est ici, où le mal absolu a été perpétré, que la volonté doit renaître d’un monde fraternel, d’un monde fondé sur le respect de l’homme et de sa dignité.
Venus de tous les continents, croyants et non croyants, nous appartenons tous à la même planète, à la communauté des hommes.
Nous devons être vigilants, et la défendre non seulement contre les forces de la nature qui la menacent, mais encore davantage contre la folie des hommes.
Nous, les derniers survivants, nous avons le droit, et même le devoir, de vous mettre en garde et de vous demander que le  » plus jamais ça  » de nos camarades devienne réalité.
Extrait de l’Allocution de Mme Simone Veil au nom des anciens prisonniers juifs à l’occasion de la cérémonie internationale de commémoration du 60e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau- Auschwitz – Birkenau (Pologne) – jeudi 27 janvier 2005
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Je Me Souviens

Posted by olivier_anthore on 11 janvier 2016

Je me souviens, et je me souviendrais longtemps, de ce 11 janvier. Cette foule incroyable, ces gens étonnés d’être là. Des gens gardant avec peine le contact de ceux qui les accompagnaient tellement la presse était forte.

Il y avait comme une dimension ridicule et incroyable d’être resté pendant trois heures à moins de 100 mètres de la place de la République et de n’avoir jamais pu s’y rendre. Il fallait tenter les rues de traverses pleines elles aussi pour espérer avancer.

Nous aurions pu être une foule informe et sans leitmotiv. Une masse sombre et menaçante et pourtant… Dès que les premiers mots de la Marseillaise étaient prononcés, des centaines de bouches, bientôt des milliers l’entonnaient à gorge déployées. Nous nous regardions mutuellement avec une bienveillance rare. Nous nous parlions. Nous riions. Nous étions ensemble. Nous étions ce peuple qui se levait en masse face aux menaces. Nous étions les Français et nous répondions à l’appel de la République comme nos pères et les pères de nos pères.

Peuple querelleur depuis la nuit des temps, nous avons toujours su faire front. La France n’est réellement elle-même que si elle est au premier rang. Et ce jour là nous l’avons été. Face au massacre de nos frères et de nos sœurs, il y eut la levée en masse pour rappeler que si nous sommes souvent divisé entre nous, notre pays reste indivisible. Mais une levée aux antipodes des espoirs de ceux qui l’avaient provoquer.

C’est une consolation sans égale de savoir que ce jour là la cellule terroriste de Verviers, en Belgique, regardait l’écran de télévision et encaissait le coup de notre mobilisation. La division qu’ils rêvaient d’établir entre nous ne prenait pas. Nous avions des images d’imams et de rabbins se jetant dans les bras les uns des autres. Des prêtres en habit sacerdotaux veillant sur la tranquillité de la prière musulmane. Des messes dites pour le repos de bouffeurs de curés notoires.

Oui ce jour ne pouvait pas durer. Nous aimons trop la querelle pour cela. Mais ce jour a existé. Mes enfants l’ont vu, y ont participé. Et je porterai longtemps témoignage que la France vit toujours malgré les cyniques et les déclinistes.

Nous sommes ce peuple qui a pensé que la Fraternité méritait de figurer au fronton de nos édifices avec la Liberté et l’Égalité. C’est dans cette Fraternité que nous sommes invincibles. Nous sommes ce peuple qui porte ce témoignage au Monde. Cela fait nous des cibles. Mais nous devons rester debout et fier de ce que nous sommes.

Je me souviens que ce jour là j’ai été le plus passionnément Français qu’aucun autre jour de ma vie…

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L’alternative pour Créteil

Posted by olivier_anthore on 10 février 2014

Lorsque je me suis engagé en politique en 2007, mon choix s’était porté sur une parole libre qui osait dire non. Un parole qui refusait de dire ce que l’on croyait bon pour les Français et qui disait haut et fort ce qui leur serait utile de savoir.

La parole d’un homme d’abord, François Bayrou. D’un parti ensuite, le Modem. Nous avons porté, contre vents et marrées, ce discours. Cette aventure passionnante quoi que dure électoralement, ce chemin d’indépendance et de vérité, je l’ai suivi avec passion. Accompagné par l’équipe d’un nouveau souffle pour Créteil, j’ai appris au contact des Cristoliens ce que la politique voulait dire.

La politique, pas le spectacle télévisé qui en tient trop souvent lieu.Tenir un discours contre vents et marrées et l’incarner au quotidien, voici ce qui fait pour moi l’engagement politique.

Marier l’analyse des dossiers sur le financement et sur les projets urbanistiques avec le contact quotidien des Cristoliens. Faire cet aller retour permanent entre la technique et la vie quotidienne. L’investissement personnel dans les comités de quartiers avec cette joie de faire ensemble.

C’est aussi participer et proposer dans le cadre des projets numériques de la ville sans s’arrêter à des considérations partisanes.

C’est ce travail qui fait vraiment la politique selon moi.

Arrive ensuite le moment de faire un choix pour les années à venir. Un choix à faire pour ma ville mais aussi pour ceux qui m’ont accompagné sur cette route.

Pour moi l’essentiel était de participer à un projet de ville fidèle à ce que nous avions défendu tout au long de ces six années et porteur d’avenir.

Face à une municipalité enfermée dans ses certitudes et qui s’assoupit sur la certitude d’une victoire facile, il faut apporter un changement.

Dès le début, il nous est apparu que seul le rassemblement de toutes l’opposition était en mesure de faire changer les choses.

Las, les ego ont souvent plus de poids en politique que celui de l’intérêt général. Après des mois à essayer de trouver un partenaire désireux de réellement faire changer les choses, nous avons enfin trouvé.

Les idées rapprochent mais il faut des personnes pour un accord. Cette personne c’est Sylvie Smaniotto-Gruska.

C’est pourquoi j’ai décidé, ainsi que le Modem Créteil, de soutenir et rejoindre Sylvie pour cette belle campagne qui s’annonce.

 

Vous pouvez suivre l’actualité de Sylvie sur son blog de campagne

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Un quartier numérique

Posted by olivier_anthore on 15 décembre 2013

Quand on a découvert dans le même temps, lors d’un stage à l’INRIA, la puissance de l’internet et l’indifférence française dans les années 90, on mesure mieux les progrès accomplis. Aujourd’hui, Créteil cherche à mettre en place un quartier numérique. C’est tard ? Peut être. Trop tard ? Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Il y a dans la démarche de mise en place quelque chose de neuf par rapport au projets habituels. Plutôt que de fomenter un outil loin des yeux des citoyens, l’idée a été d’impliquer des utilisateurs volontaires dès la conception de l’outil. Le choix, qui peut paraître anecdotique, de tenir des séances en dehors des heures de travail assurerait de plus que toutes les volontaires pouvaient y participer. Je rêve que les enquêtes d’utilités publiques aient le même soucis d’inclure tous les citoyens.

L’ancrage au quartier semble paradoxal pour un outil destiné à améliorer la relation des citoyens avec leur ville. Il faut se rappeler que Créteil reste une ville en pleine croissance. Un ville dont la population bouge et où le tissu urbain mute en permanence. Le quartier reste un point d’attache fort. On est « de la Croix des Mèches, « de la Habette », « du Palais », « du Halage », etc…

De l’ancrage ferme, il est possible de faire une base pour se projeter dans la ville. De ce point de vue, le quartier numérique est un bon outil pour faire ville. J’utilise ce terme de « faire ville » car une ville n’est pas une collection de grappes de constructions.La ville est un nœud de flux, une zone d’échange avec le monde et ses habitants mais aussi un lieu de mémoire. La régulation de ses flux, leurs ordonnancements, et la préservation de sa mémoire , c’est ce qui constitue chaque ville de manière unique.

Flux, un mot qui paraît abstrait, mais qui se traduit aisément concrètement. Les transports du domicile au travail, le traitement des ordures, des eaux usées, tous sont des flux. Visibles ou invisibles, leur dysfonctionnement peut étouffer la ville. Leur fonctionnement est vitale au corps qu’elle constitue.

Ce que je trouve intéressant dans ce projet c’est qu’il rend visible certains de ces flux. Il permet au citoyen de s’approprier l’organisation de la ville. Informations sur les travaux, possibilités de signaler des dysfonctionnements, ces outils permettront à chacun de savoir et donc d’être en capacité de participer aux décisions.

Autre point, la volonté de construire collectivement la mémoire de la ville. La communauté urbaine n’est pas qu’un présent, c’est aussi un passé qu’elle transporte et qu’elle transmet. La question dans ce genre de projet est de savoir ce qui doit faire mémoire et surtout quel doit être le processus de choix.

Un vrai projet qui avance donc et qui ouvre des perspectives passionnantes pour l’avenir. Je pense qu’il faudra suivre de prêt la mise en place pour ne pas trahir les belles promesses qu’il recèle.

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Visite Berlinoise

Posted by olivier_anthore on 30 août 2013

Aller visiter Berlin pendant les vacances d’été n’est pas le premier réflexe de tout un chacun. J’avoue qu’en l’annonçant, j’ai eu plusieurs réactions surprises. Certains sont même aller imputer cette envie à un vieux fond de jansénisme familial.

Peu m’importe en fait car Berlin ne m’a pas déçue. Culturellement, architecturalement, urbanistiquement et, bien sur, culinairement c’est une ville qui vaut le détour. Et bien entendu, le séjour s’est avéré trop court pour ne faire ne serait ce que la moitié de ce que je voulais y faire. Peu importe, j’y retournai.

J’avais réservé une visite au Reichstag, vieux souvenir de cours d’histoire et envie de voir de près l’architecture de ce qui abrite un des modèles démocratique occidentaux. On oublie trop souvent que les bâtiments marquent dans l’espace physique l’imaginaire d’une nation.

Je reviendrai peut être plus tard sur le Reichstag, et son dôme transparent, mais je voudrais parler d’un monument qui se trouve non loin.

Soyons honnête, j’ai d’abord été attiré par le nom de la rue qui le longe. Un peu comme une plaisanterie mais comment résister dans une ville ou les rues portent des noms comme Kant ou Marx à rendre hommage à la rue Hannah Arendt ?

Cette rue borde le monument dédié au souvenir de la Shoah. J’avais encore un vague souvenir des polémiques qui avait eu lieux pour son édification.

Quand on le regarde de l’extérieur, ce monument a quelque chose d’anodin. Il ressemble à un alignement bien sage et ordonné de bloc de bétons. On pourrait presque passer à coté, noter sa présence, sans plus sans émouvoir.

Mais en s’approchant, il y a quelque chose de véritablement étrange à regarder ses alignements bien droits de blocs.

L’état d’étrangeté s’installe au fur et à mesure qu’on s’en approche. Le soleil est là mais l’ombre qui se dessine entre les blocs fait mentir le coté anodin du monument vu de loin.

On se sent presque happé dans ces allées dans lesquelles on s’enfonce presque à son corps défendant, les blocs que l’on domine de l’extérieur prennent alors l’ascendant. Chacun d’eux vous domine.

J’ai vu des traces de chaussures de gens qui ont visiblement essayé de monter au sommet des blocs. Les traces s’arrêtaient à mi-hauteur. Au milieu de ses blocs, là où la lumière du soleil ne vous atteins plus, il n’y a pas d’échappatoire par le haut.

Il faut continuer, presque en baissant la tête sous le poids, pour enfin sortir du ventre du monstre. Ce qui est étrange c’est la douceur de ces blocs qui vous écrasent. Ils n’ont rien de rêche et, sauf l’absence de chaleur, on a la sensation de toucher une peau en les effleurant.

Les blocs finissent par perdre de leur hauteur et la pente de l’allée ramène au niveau de la rue. On se retrouve alors face au grand parc du centre de Berlin sous un beau soleil d’été. En se retournant, on a alors l’impression que ce que l’on vient de vivre n’a pas pu se passer. Les blocs sont toujours là sous un soleil souriant. Il est impossible de dire si ce que l’on vient de vivre c’est bien passé.

J’ai longuement lu le livre de Thimothy Snider « Terres de sang ». Ce monument, même s’il n’est dédié qu’à une part des massacres européens, m’a aidé à comprendre ce qu’il y écrivait. Il m’a aussi rappelé que même ce qu’il y a de plus monstrueux ne peut pas échapper à l’explication et à l’analyse. C’est la meilleure garantie pour pouvoir garder notre humanité. Cette humanité que n’a cessé de défendre Hannah Arendt justement.

Je retournerai à Berlin, voir beaucoup d’autres choses, mais je repasserai aussi par cette rue. Et par ce monument.

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Réflexion sur un 8 mai

Posted by olivier_anthore on 9 mai 2013

Il y a toujours quelque chose d’étrange pour ceux qui comme moi n’ont jamais vécu une guerre de se rendre aux cérémonies de souvenirs d’une guerre passée. Surtout qu’à coté de soi, il y a très souvent des gens qui eux l’ont vécus et parfois durement dans leur chair même.
La passion de l’histoire, l’intérêt pour la mémoire ne peuvent remplacer l’intensité du regard d’un homme vous racontant une embuscade dans une oasis où il avait la « position du fusillé » pendant que ses camarades avaient, eux, trouvé les abris qui les protégeaient des tirs.
Alors pourquoi s’y rendre ? Peut être justement pour rencontre de tels hommes. Aussi pour se rendre compte que bien que notre quotidien se déroule nonchalamment des hommes se battent et souffrent au nom de notre pays. Ce 8 mai justement deux d’entre eux ont été décoré de la croix du combattant.
Tout ceci donne un relief particulier à cette période difficile qui a amené la France au bord du gouffre. Un moment où seule l’union nationale a pu préserver notre pays à la fois de la domination nazie mais aussi de l’étouffante présente de nos amis, tout prêt à nous reconstruire selon leurs préceptes. Quand ceux qui croyaient en Dieu et ceux qui n’y croyaient pas combattaient côte à côte, l’espoir n’était plus un vain mot. Il a fallu en combattre des divisions, de radicales oppositions pour arriver à mettre à la même table ceux qui cinq ans auparavant étaient prêt à se tirer dessus. C’est ce qui a fait la grandeur de notre pays, sa capacité à s’unir. Il y eu le CNR justement rappelé par le député-maire. Mais surtout cette belle certitude rappelée par le poète :

Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au cœur du commun combat
Aragon – La Rose et le Réséda (Extrait)

C’est peut être la raison principale pour laquelle il est bon d’être présent à cette cérémonie. Bien sur nos temps sont moins tragiques. Mais ils sont tout autant difficile pour ceux qui ont peu et qui peine à se maintenir. Et notre responsabilité à tous est bien de savoir faire fi du calcul pour s’unir et faire face.
Alors oui, il y a toujours les ayatollah de la pureté idéologique, les calculs mesquins de préséance qui s’opposent à l’union. La situation n’est sans doute pas assez tragique pour faire taire ceux qui veulent faire parler leur intransigeance au lieu de leur intelligence.

C’est sans doute ce qui fait des centristes une famille politique autant conspuée. Elle a toujours cru essentielle la préservation de l’unité dans le respect de la diversité. C’est une famille qui a toujours obstinément refusée l’idéologie de tous bords.

C’est dans la tragédie qu’elle trouve sa justification. C’est ainsi et le rôle de pivot du MRP pour la sortie du marasme de la fin de la guerre n’en est qu’une confirmation. C’est cet esprit qui continue de nous animer en toutes circonstances. Cet esprit est notre force et notre croyance en dehors de la tragédie, il reste notre boussole dans les choix qui s’annoncent.

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une évolution de la démocratie française

Posted by olivier_anthore on 9 décembre 2012

La première de mes nouvelles chroniques sur la web radio 133b. A retrouver chaque semaine le mercredi à 8h10 puis 17h50

Notre pays est dans une situation assez particulière. Pour la première fois depuis 2007, nous n’aurons pas d’échéance électorale prévue avant deux ans. Et, surtout, pour la première fois depuis les années 70, un parti concentre la plupart des pouvoirs en ses mains.

Pouvoir exécutif et législatif d’abord. Mais aussi la quasi totalité des régions, la majorité des départements et des grandes villes ont à leur tête des élus du parti socialiste.

Au niveau de l’administration, le nombre de haut fonctionnaire se réclamant de ce parti est élevé. Ceci devrait assurer la parfaite maîtrise de cette lourde machine sans laquelle il serait illusoire de vouloir gouverner.

Faut il s’en effrayer ? Après tout, les circonstances n’appellent elles pas à ce que le pouvoir ne perdent pas de temps dans de vaines arguties et bénéfice d’une certaine cohérence d’action.

La difficulté, et cela pose une vraie question, c’est que l’on remarque vite que sous une unité de façade, l’actuelle majorité est comme un manteau d’arlequin et que le pouvoir exorbitant du président ne fait pas tout. Même en France.

En fait, l’analyse est qu’il n’y a plus de parti socialiste, ni même d’UMP d’ailleurs, mais bel et bien deux écuries présidentielles se positionnant l’une par rapport à l’autre et regroupant en leurs seins diverses nuances qui s’opposent parfois radicalement sur certains sujets.

Cette transformation n’est pas nouvelle. Il est possible de la situer même assez précisément à gauche le début de cette transformation avec le congrès d’Épinay. La droite mis un peu de temps à comprendre qu’elle avait besoin de se positionner par rapport à ce qui est devenu depuis le bloc adverse mais l’UMP fut finalement créé.

La conséquence directe de cette transformation est que le travail idéologique disparaît peu à peu de ces structures. En fait, il se retrouve sous-traité auprès d’organisme spécialisé les fameux « Think tank » ou laboratoire d’idée. Un autre effet est que les militants des partis ne sont plus amené à participer à la production d’idée mais sont relégué au rôle d’arbitre des tendances et de petits soldats lors des campagnes.

C’est une transformation radicale de notre démocratie. En fait, il faut bien l’admettre, il s’agit d’un alignement sur le système politique américain. Notre mode de scrutin ne permet d’ailleurs plus d’inverser cette tendance. Cet état de fait a même été renforcé par le relèvement à 12,5% des inscrits pour l ‘éventuel maintien au deuxième tour ce qui enlève aux autres partis un élément de négociation pour leur survie.

Constat que certains estimeront pessimistes mais les faits sont têtus.

Ce qui m’intrigue c’est que cette évolution me paraît paradoxale. Face à un monde dont nous découvrons chaque jour la complexité, résumer la démocratie à deux blocs paraît simpliste. Ceci me donne envie de creuser ce sujet de ce qui fait la démocratie et des formes qu’elle peut prendre. Parfois malgré un système politique qui n’a de cesse que de la corseter.

C’est à cette investigation que j’ai envie de vous convier cette année. Encore et toujours la démocratie car la démocratie n’est jamais acquise et arrêter de la rechercher c’est assurer sa mort à court terme.

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Encore une rentrée…

Posted by olivier_anthore on 5 septembre 2012

C’est la rentrée ! Ce grand moment de notre imaginaire collectif qui structure à ce point notre temps qu’il en devient un début d’année. En France, la prédominance du parcours scolaire dans la carrière professionnelle est telle qu’il n’y a finalement rien d’étonnant. Tous les témoignages des parents vont dans le même sens : l’avenir professionnel et social de leurs enfants est liés au parcours scolaire. Je trouve cela regrettable mais l’enracinement de cette croyance est tel qu’il serait vain de la faire disparaître à cours terme.

Pour un démocrate, comme le rappelle justement Laurent Watrin, l’école est aussi un élément essentiel mais dans la construction du citoyen. C’est pour cela, que ce sujet est un incontournable aussi pour nous.

Le nouveau pouvoir cherche aussi à se distinguer du précédent dans ce domaine. C’est heureux. Je ne peux malheureusement pas m’affranchir d’un doute quand j’entends les fameux « éléments de langages » utilisés qui ne semblent finalement que les symétriques de ceux des précédents ministres. Tout semble donner l’impression que le l’on passe d’un discours de ressources humaines de grandes entreprises à un discours volontaristes basés sur les moyens sans réflexions sur les organisations.

En effet, dans les deux cas, les décisions sont toujours prisent au sommet et aucune analyse sérieuse des différents rapports de bilan fait ne semble devoir être prise en compte. Aurons-nous en ce domaine, comme dans tant d’autres, une nouvelle mission interministérielle ou, mieux, un Grenelle de l’Education ? Tout cela faisant fi, bien entendu, de ce qui les a précédé.

Un exemple sur notre région a été la répartition des postes supplémentaires. J’avais déjà signalé que Paris était très richement doté par rapport aux autres départements et en particulier le 93 et le 94. Et pourtant, dans un silence étonnant, Paris a eu le droit à sa ration de postes supplémentaires.

Je ne m’oppose pas par principe à la création de poste. Ce qui me trouble c’est de me rendre compte que le niveau baisse sans qu’aucune réflexion sur les méthodes d’enseignement soit faite. Nous avons certes de grands théoriciens de la pédagogie en France. Selon la couleur du président, ces grands théoriciens via les ministères arrivent à faire partiellement appliquer leurs réformes muries au fond de leurs bureaux. Jusqu’à ce que la couleur du président change, ou tout simplement qu’il quitte par usure de l’âge, et les nouveaux conseillers du prince viennent avec leurs idées remplacer les précédentes.

Les enseignants résistent plus ou moins à la pression au nom de leur autonomie pédagogique. Ce qui entraine que l’enseignement devient illisible pour les non initiés. Or ceci est de moins en moins bien supporté dans une époque qui demande de la transparence et de la communication.

D’où des stratégies d’évitement via le privé et le jeu des adresses pour être dans un collège ou un lycée à bonne réputation. Il est toujours troublant de se rendre compte le nombre croissant de professeurs qui pratiquent ces stratégies pour leurs propres enfants.

Plutôt qu’une réforme de l’enseignement, il serait peut être opportun de penser à un plan stratégique pour l’école en remettant au centre les professeurs comme prescripteurs et en pensant à une évaluation systématique des méthodes. Notre baisse inexorable dans toutes les évaluations internationales devraient nous convaincre de l’importance d’un sursaut national sur ce sujet.

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