Une vue excentrée

Regards de la périphérie

SNCF : une grève efficace pour un service public en perdition

Posted by olivier_anthore on 5 avril 2018

Nous venons donc de vivre les deux premiers jours d’une grève qui va s’étaler sur trois mois. Reconnaissons-le d’emblée, la mobilisation pour ce démarrage est un succès pour la CGT et SUD. Avec un tiers de gréviste, ils ont réussi à bloquer en région parisienne une ligne aussi vitale que le RER D et à perturber fortement les autres lignes. Les usagers du métro et de la route ont pu mesurer en direct l’efficacité syndicale.

Il est maintenant acquis que ces syndicats estiment que la condition de leur survie en tant que syndicat ne se mesure pas à l’aune du service public ou de la défense des salariés mais à leur capacité à empêcher le gouvernement d’agir. Et ce même s’il est arrivé au pouvoir suite à des élections où ces réformes avaient été clairement annoncées. Surtout que la grève a commencé alors que les discussions avec les syndicats sont encore en cours.

L’argument de la défense du service public ne tient pas. Le gouvernement a déjà annoncé qu’il ne fermera pas les « petites lignes ». On peut d’ailleurs le regretter mais, après tout, si les Français préfèrent payer plus d’impôts, c’est leur liberté de vouloir que ces lignes soient plus subventionnées.

Mais la privatisation de la SNCF alors ? Il faudrait pour cela que la SNCF soit privatisée. Or, si son statut va effectivement changer, les parts de l’Etat seront incessibles. Donc l’Etat sera toujours actionnaire de la SNCF. Au pire, d’autres actionnaires pourraient s’ajouter pour apporter du capital. Vu la capitalisation totale de la SNCF, il faudrait des sommes faramineuses pour que l’Etat en perde la majorité.

Il y a le sacro-saint sujet du statut. Il s’agit sans doute de la plus incompréhensible des raisons. D’abord parce que d’ores et déjà tous les employés de la SNCF ne bénéficient pas de ce statut. Et, surtout, car il s’agit juste de ne plus en avoir pour les nouveaux embauchés mais pas de le retirer aux anciens. L’idée est de permettre plus de souplesse comme sur la ligne privée Carhaix-Paimpol (une petite ligne justement) qui fonctionne très bien entre autre grâce à cela.

Car le paradoxe est que la rigidité actuelle de la SNCF est la quasi-certitude de la dégradation du service public justement.

Alors pourquoi une telle grève ? Parce qu’il faut faire payer l’impudence d’un gouvernement qui s’estime tenu par les promesses faites. Peu importe que cette obstination fasse payer au pays un régime de retraite largement déficitaire. Peu importe que le fonctionnement actuel empêche toute amélioration de service et grève les capacités d’investissements. Peu importe que des concurrents plus efficaces viennent faire leurs preuves et mettrons eux-réellement en danger la survie de l’entreprise.

Ce qui compte c’est de se montrer fort pour impressionner et garantir un succès électoral aux prochaines élections professionnelles. Pour les usagers, ils sont priés de souffrir en silence…

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