Une vue excentrée

Regards de la périphérie

L’information, le démenti et la farce : l’indépendance de M. Borloo

Posted by olivier_anthore on 12th avril 2011

Le propre des journaux, du moins de nos jours, est de s’assurer de bons chiffres de ventes. Pour cela, il ne faut pas hésiter à faire dans le spectaculaire pour être sûr d’accrocher le chaland.

Comme disait Yvan Audouard, « Une information plus un démenti, cela fait deux informations pour le prix d’une. -Et c’est toujours la fausse qui reste dans les mémoires. » C’est un peu ce qui m’est venu à l’esprit lorsque j’ai vu cet article du Journal du Dimanche qui nous annonçait la triomphale entrée en lice de M. Borloo comme le représentant du centre.

Malheureusement, comme toujours, le diable se cache dans les détails. En effet, 1% le sépare de François Bayrou ce qui est inférieure à la marge d’erreur du sondage. Mais il faut faire vendre, créer le suspense, et il faut l’admettre Borloo est un meilleur client que Bayrou de ce point de vue.

Après avoir été ministre pendant neuf ans de Nicolas Sarkozy, avoir manqué de peu d’être son premier ministre, on ne sait toujours pas pour qui roule M. Borloo. N’est il pas finalement que le rabatteur des voies centristes pour un UMP sur la voie de la droitisation extrême ?

Au niveau indépendance, il suffit de se rappeler que le parti de M. Borloo dépends à plus de 77% des financements de l’UMP pour avoir des doutes. Peut on raisonnablement mordre la main qui vous nourrit ?

Bref, l’opération Borloo est lancée et il reste à savoir si les électeurs s’y laisseront tromper. Ce qui est rassurant, pour le moment, c’est que, très logiquement pour un homme de droite, il prends surtout sur l’électorat de l’UMP. Mais comment réagiront les électeurs lorsqu’il comprendront être les victimes d’un coup médiatique ?

Je discutais dimanche avec des citoyens qui me faisait part de leur désarroi face à ce qu’il faut bien appeler le spectacle politique actuel. Tellement de gens se présentent comme centristes et humanistes que les mots perdent de leurs sens.

Il faut rappeler que le centrisme ne peut se comprendre que dans une vraie indépendance. Indépendance qui permet d’adhérer à un projet quand il paraît juste mais aussi de refuser lorsqu’il n’est pas conforme aux valeurs essentielles.

L’humanisme ne peut se concevoir, lui, sans une morale, une vision de ce qu’est l’Homme. Cette vision va au-delà de la morale de boy-scout pour s’attacher à lui donner les moyens de décider par lui-même ce qui est bon pour lui. Moyens qui passent par l’éducation mais aussi par une information libre et complète.

N’est pas centriste celui qui dit quitter un parti de droite mais continue d’en être financièrement dépendant. N’est pas humaniste celui qui « oublie » d’informer les citoyens de ce point crucial.

Pour finir, encore une citation d’une grande dame, « La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-même qui font l’objet du débat. » Hannah Arendt. Dommage que trop de journalistes oublient ce grand principe.

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Remerciement aux électeurs

Posted by olivier_anthore on 21st mars 2011

Je tiens tout d’abord à remercier les électeurs qui se sont déplacés pour m’accorder leur confiance.

Dans un contexte difficile, issu d’une désillusion sur le monde politique, je suis heureux que des Cristoliens aient voulu porter leurs voix sur un projet départemental pragmatique qui se démarquait d’un discours purement idéologique.

Bien sûr le score n’est pas à la hauteur de nos attentes.

Nous nous retrouvons devant une victoire éclatante du premier parti de France : les abstentionnistes. En effet, avec plus de 70% d’abstention, nous avons définitivement la preuve que l’absence de véritable débat sur le fond laisse la porte ouverte à des opérations de marketing politique de toutes natures. La colère due au mépris dans lequel les Cristoliens ont été tenus si longtemps a été le ferment d’un abandon du politique.

En tant que démocrate, je ne peux que vivre douloureusement ce qui est un grave échec démocratique.

Cet échec est renforcé par l’impossibilité pour d’autres forces politiques de se maintenir au deuxième tour. Le gouvernement a rendu un bien mauvais service à ses amis avec sa modification du code électorale. Loin de tuer le Front National cette règle a tué toute alternative.

Suite à ce constat, comment faire face à un deuxième tour qui s’annonce comme un non-choix ?

Nous avons là le même cas de figure déjà vécu à l’envers suite au 21 avril 2002. Il nous faudra donc apporter une mauvaise réponse à ce mauvais problème.

Mes valeurs démocrates et humanistes m’engagent à ne pas voter pour le candidat du Front National.

Je comprends la difficulté que beaucoup auront à répondre à ce mauvais problème. En effet, quel choix avons-nous ? D’un coté une campagne sans projet, avec un candidat inexistant, uniquement fait pour préparer la campagne présidentielle de son parti.

Comment siégera ce candidat ? Quel engagement personnel a-t-il pris vis-à-vis de ses électeurs ? Aucuns. Son parti, plus exactement sa présidente, parle pour lui. Voter pour ce candidat n’aurait donc aucun sens pour notre département.

De l’autre coté, le candidat, soucieux de ne pas troubler un ancien allié, défend le statu quo actuel ce qui n’est pas acceptable au vu de la gestion. Pourrons-nous accepter longtemps que le troisième département en revenus par habitant d’Ile de France néglige ainsi la maitrise budgétaire au profil des dépenses de personnel ?

Accepter une responsabilité politique c’est faire malheureusement, en cas de nécessité, la part du feu. Il m’apparait qu’entre un candidat qui n’a d’autres engagements qu’envers sa présidente et celui qui s’est engagé à laisser les choses en l’état pendant trois ans le moins pire est l’immobilisme.

J’irai donc voter dimanche pour défendre ce en quoi je crois : nous devons élire des candidats qui veulent exercer leur mandat. Et ce même si nous ne pouvons être d’accord avec eux.

Il nous appartiendra pendant ces trois ans de travailler au fond un projet qui emportera la conviction des Val de Marnais pour le changement dont notre département a tant besoin.

Je vous dis donc à très bientôt.

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La défense des positions électorales acquises

Posted by olivier_anthore on 28th février 2011

Le texte de loi sur la réforme des collectivités locales a fini par passer alors que le tumulte soulevé par la le texte sur les retraites s’était à peine apaisé.

On reconnait là la technique, appliquée avec constance, de tout faire bouger en même temps dans tous les sens, ce qui empêche de prendre le temps de regarder ce qui se passe sur l’image d’ensemble.

Pour ma part, je trouve la méthode regrettable et ce d’autant plus que le texte qui a fini par passer le sénat est une régression par rapport à l’accord qui avait été finalement trouvé sur le sujet à la suite du débat parlementaire. Pourquoi certains ont fini par accepter ce qui était inacceptable quelques mois plus tôt ? Mystère parlementaire. Pour en être représentant du peuple, on en est pas moins hommes et, suite à des pressions amicales, être amené à changer d’avis.

Mais, me direz vous, est ce si grave ? Après tout, cette loi ne rentrera en vigueur en 2014 et il sera possible d’y revenir suite aux élections de 2012 si le peuple exprime suffisamment fort sa volonté.

Pour tempérer cet optimisme, je voudrais attirer votre attention qu’au moins une partie de cette loi s’appliquera dès 2011. En effet, outre le découpage électoral notoirement connu pour ne pas respecter la cohérence démographique et géographique, le relèvement à 12,5% des inscrits la condition pour se maintenir au deuxième tour pose question.

Ce qui est gênant dans cette mesure c’est qu’elle est clairement faite pour rendre quasiment impossible les triangulaires dans les élections à faible taux de participation. Comme par exemple les élections cantonales de 2011.

Ce qui rend dubitatif sur cet objectif c’est qu’il s’agirait de rendre le vote plus lisible pour les citoyens. En effet, les législateurs, dans leurs immenses bontés, ont visiblement peur que le peuple soit tenté de mal voté s’il lui était proposé autre chose qu’un choix binaire au deuxième tour.

En clair, l’UMP a peur de perdre des sièges et des départements suite à un éparpillement des voix au deuxième tour.

Ce qui est finalement gênant à ce sujet, comme j’ai pu l’écrire par ailleurs, c’est que ce genre de mesure ne fait que renforcer les positions acquises et empêche toute respiration démocratique.

En effet, en période de stabilité, il est relativement normal que la situation politique se stabilise relativement autour de deux voir de trois pôles. L’Histoire en apporte de nombreuses confirmations.

Cependant, quand l’équilibre est remis en question, il y a deux attitudes : tenter de geler la situation ou accompagner le changement. Encore une fois l’Histoire montre que la tentative de gel ne fait qu’à amener un éclatement encore plus dévastateur que le changement craint.

Cette petite mesure, passée presque en catimini, se positionne clairement comme une tentative de geler une évolution défavorable aux positions acquises du PS et de l’UMP.

Il reste à espérer que les électeurs sauront échapper à cette volonté de les mettre au pas et à passer un message clair sur ce qui s’apparente à une manœuvre de dernière minute pour préserver les intérêts d’un pouvoir aux abois.

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un urbanisme démocratique et durable

Posted by olivier_anthore on 22nd février 2011

cheret

Samedi dernier nous sommes allés à la rencontre des cristoliens pour présenter ma candidature. Moment essentiel de la vie de l’élu, cette rencontre est toujours pleine de surprises. C’est en effet le moment où vous sortez des dossiers et des chiffres pour « entrer dans le réel ».

En discutant avec une commerçante du centre commercial Chéret, elle me demandait si quelque chose ne pouvait pas être fait pour rendre un peu plus attractif la petite place au cœur de ce centre.

En discutant avec elle de ce qui serait souhaitable, je me suis vite rendu compte que sa demande était beaucoup plus profonde qu’un simple coup de pinceau. L’état des trottoirs, qui sont un parcours du combattant pour les personnes à mobilité réduite, sont déjà un indicateur du travail à faire. Sa demande était aussi de rendre ce quartier plus vivable en transformant ce lieu de passage en lieu de vie. La comparaison qui est souvent venue était de comparer ce centre au quartier de Créteil Village.

Ceci amène une réflexion de fond sur la manière dont les institutions pensent l’urbanisme dans notre ville et notre département. J’étais présent au comité de quartier des Bleuets lors de la présentation du réaménagement de la place des bouleaux. Déjà à ce moment, j’avais mesuré que les idées qui gouvernaient l’ensemble du projet conservaient la sacro-sainte séparation entre piétons et voitures et oubliait d’autres modes de circulation douce comme le vélo.

Bien entendu, la promesse est faite de mettre des panneaux de limitation de vitesse. Mais la conception de ces projets n’intègre ni ralentisseur, ni tracé de route empêchant des vitesses excessives, ni même un espace dédié aux vélos. Les aménagements ultérieurs seront à faire à la charge du comité de quartier.

Des réunions sont organisées, les citoyens amenés à se prononcer sur chaque projet. Mais lorsqu’une proposition est faite, aucune alternative n’est proposée. Vous pouvez vous prononcer, certes, mais sur les aménagements à la marge comme le positionnement des arbres. Pour la ville, aucune concertation sur le Plan Local d’Urbanisme (P.L.U.) n’est aujourd’hui organisée. Au niveau départemental, depuis le bilan des déplacements de 2009, pas de rapport d’étape annoncés ni de concertations avec les habitants.

Pourtant, nous avons tous a gagné à changer la manière dont notre ville a été conçu jusqu’ici. Les déplacements vont coûter de plus en plus cher. Les « petits commerces » vont reprendre de l’importance car ils rendent de grands services. Les grandes chaînes de distributions l’ont très bien anticipé : elles réinvestissent en force les surfaces moyennes.

Il est de notre rôle de prévoir les impacts de ces changements et d’adapter les investissements en conséquence. Par exemple, en réfléchissant avec les habitants de la rue Chéret, sans oublier les commerçants du centre, pour rendre le centre commercial plus facile d’accès et plus agréable à vivre. C’est ce que je veux pour ce canton.

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Le premier Cercle : l’exil intérieur de Jafar Panahi

Posted by olivier_anthore on 28th décembre 2010

 » Quand on décrit les prisons, on s’attache toujours à en noircir les horreurs. N’est-ce pas encore pire quand il n’y a pas d’horreurs ? Quand l’atroce naît de la grisaille méthodique des semaines ? Et du fait qu’on oublie que la seule vie dont on dispose sur terre est brisée ?  »

Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne

C’est exactement la réflexion qui m’est venue à l’esprit quand j’ai appris la condamnation monstrueuse dont a été victime Jafar Panahi. En l’empêchant de filmer, de collaborer avec d’autres artistes et de se rendre à l’étranger, le régime des mollahs à rééditer l’exil intérieur si à la mode chez les soviétiques.

Hier comme aujourd’hui, les démocraties se doivent de soutenir les dissidents surtout quand il s’agit d’hommes dont le seul crime est d’être libre.

J’ai appris que France Culture avait lancé une pétition que j’ai bien entendu signée. Je me permets de retranscrire l’appel et de vous donner le lien vers cette pétition que je vous demande de signer par amour de la liberté.

France Culture soutient Jafar Panahi

21.12.2010

Lundi 20 décembre, le réalisateur iranien Jafar Panahi a été condamné à 6 ans de prison, ainsi qu’à 20 années d’interdiction de quitter le territoire et de réaliser des films. Au regard de la justice de son pays, il s’est rendu coupable de « rassemblement et collusion contre la sécurité nationale et propagande contre la République islamique« .

Le cinéaste, dont l’oeuvre a connu de vifs succès à l’étranger, avait soutenu le candidat de l’opposition, Mirhossein Moussavi lors du scrutin présidentiel de 2009, remporté de manière contestée par l’actuel président Mahmoud Ahmadinejad. Ces élections avaient été suivies par un vaste mouvement de manifestations, très brutalement réprimé.

Arrêté début mars, Jafar Panahi avait été incarcéré 88 jours durant à la prison d’Evin, alors même qu’il était invité à participer au jury du Festival de Cannes. Il avait alors entamé une grève de la faim pour protester contre les mauvais traitements qui lui étaient infligés. Le 25 mai 2010, il avait été libéré sous caution.

La pétition

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Fêtes des indépendances : lendemain difficile

Posted by olivier_anthore on 13th décembre 2010

Les éotilés

Samedi j’ai eu le plaisir de répondre à l’invitation d’une association d’entraide « Les mains ensembles » qui organisait une journée de fête autour des indépendances africaines.

La date choisie était hautement symbolique puisqu’il s’agissait du jour anniversaire des cinquante ans du Burkina Faso (ex Haute Volta).

A cette occasion était diffusé un film d’Anice Clément et Jacques Merlaud, Akwaba les éotilés à livre ouvert. Le film tournait autour du travail de Claude-Héléne Perrot avec une ethnie minoritaire de Côte d’Ivoire, les éotilé, et du livre sur leur histoire dont elle venait faire la restitution au peuple dont il était le sujet.

Ce film est un vrai film de rencontre pas un film ethnologique. Il parle de gens simples et fiers de leurs racines. Conscient aussi de leur fragilité, la langue éotilé n’est plus correctement parlée que par six personnes.

Ce film montre une Côte d’Ivoire loin de ce que l’on peut entendre par les informations. Elle montre une Côte d’Ivoire avec des problèmes criants d’infrastructure : manque de médecin, manque d’école.

Un pays réel loin des discours tels qu’on peut en être abreuvé. Cela aide aussi à comprendre pourquoi le peuple Ivoirien n’a pas voulu donner quitus à l’ancien président Gbagbo de son mandat.

On y voit aussi comment les communautés traditionnelles sont maintenant misent sous contrôle de l’état Ivoirien. Lors de la cérémonie d’intronisation d’un chef de village éotilé, était présent le préfet mais aussi madame Gbagbo elle-même. Comme le notait madame Perrot, ceci était nouveau. Il y a même cinq ans, si le préfet avait été présent, il n’aurait pipé mot. Mais là, avant que le chef signe le papier officialisant sa charge, il eut le droit à un discours de la préfet lui fixant précisément ses responsabilité et l’attitude qu’il se devait d’avoir.

On voit par là que le déni de démocratie que constitue le refus de l’ancien président d’obéir aux urnes n’est pas un acte désespéré et sans lendemains. Il s’inscrit dans une perspective de long terme de prise en main de la société Ivoirienne au moins au Sud.

Longtemps ce pays a été considéré comme la Suisse de l’Afrique de l’Ouest. Il est à craindre que malgré la volonté de changement du peuple exprimé par l’élection de monsieur Ouattarra ce temps soit du passé.

Il reste un espoir que sous pression internationale, la voix du peuple soit enfin écoutée et que la Côte d’Ivoire ait enfin un gouvernement digne d’elle. Un gouvernement qui saura s’occuper de ses besoins, un gouvernement qui saura stopper la spirale régressive dans laquelle elle s’enfonce.

Je ne peux qu’espérer que le président Ouattarra aura les moyens et la volonté de cette noble ambition.

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