Une vue excentrée

Regards de la périphérie

La citadelle assiégée

Posted by olivier_anthore on 30 mars 2009

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Imaginez une ville de 273 000 habitants défendue par plus de 25 000 hommes qui attend dans la crainte plus de 13 000 envahisseurs.

Quel spectacle digne d’une fresque épique ! Selon les points de vue de la caméra on peut imaginer les vaillants défenseurs face à des hordes sauvages ou, tout au contraire, de joyeux libérateurs venus faire tomber la sombre citadelle.

Cependant, tout ceci n’est pas un film. Cela arrive dans l’Est de la France, à la frontière avec l’Allemagne, dans la bonne ville de Strasbourg.

En laissant de coté les effectifs réguliers de la police nationale et les policiers municipaux, nous arrivons au chiffre impressionnant de quasiment un policier pour 10 habitants.

Il semblerait alors que Strasbourg devrait être la ville la plus sure de France mais en lisant cet article du Figaro, il est permit de penser le contraire.

De même, le G20 à venir à Londres devrait être tout aussi menacé et tout aussi protégé.

Bien sur ce n’est pas la première fois que cela arrive. La première, celle qui a marqué mondialement, est sans contestation la négociation de l’OMC en 1999 qui a donné lieu à la fameuse bataille de Seattle. Cela a continué lors aux tristement célèbres émeutes de Gênes en 2001.

Depuis, le  11 septembre, les diverses lois anti-terroristes et la focalisation sur le radicalisme islamique ont pu faire croire à la disparition du problème mais nous assistons depuis quelques mois au retour de la contestation radicale du système actuel.

Tout d’abord, résurgence des années 70, il y eut la volonté de l’Italie de solder ses comptes d’avec les membres du mouvement d’extrême-gauche. Il y eut aussi la libération des derniers membres vivant d’Action Directe. Et surtout, il y eut cette affaire tragico-comique de l’épicier de Tarnac : Julien Coupat.

Affaire tragique car rien n’est drôle lorsque l’on parle de la liberté d’un homme mais comique au vu du dégonflement de l’affaire au fur et à mesure du temps qui contraste étrangement à la foi du charbonnier de notre ministre de l’intérieur à propos de sa culpabilité.

Non, finalement, en vingt ans rien n’a changé sur ce front là. Tout parait bloqué. La contestation violente continue, s’installe, fait partie du paysage de ce genre de réunion sans que personne ne s’interroge.

Et pourtant. Pourtant nous vivons une crise que tout le monde nous décrit comme cataclysmique, les discours ne cessent de nous parler de refonder les règles du jeu, d’un monde qui ne sera plus jamais le même…

Il me vient parfois l’impression de deux mondes sourds l’un à l’autre, qui ne se comprennent plus, qui ne se parlent plus. Chacun renvoie l’autre à ses turpitudes, dictature de l’argent contre dictature du prolétariat. Comme une continuation vide de sens du 20ème siècle, ce fameux siècle qui est censé être mort lors de l’effondrement des tours.

Finalement, ce blocage semble les maintenir chacun bien en place : ils ne sont que les deux faces d’une même pièce. Si l’un venait à disparaitre, l’autre aurait du mal à perdurer.

Je souhaite pour ma part qu’ils disparaissent ensembles et avec le moins de casse possible. Il est devenu évident à tous lors de l’effondrement des économies planifiées que le marché était le meilleur outil possible. La crise actuelle nous a appris que le marché n’était pas parfait. Il ne peut pas être laissé sans régulation et, surtout, il ne convient pas à toutes les situations.

Dans ce siècle, d’autres citadelles seront à assiéger, d’autres à prendre mais qui auront peu à voir avec celles du 20ème siècle. Nous savons que nous devrons trouver à d’autres manières de produire, d’autres manières de vivre. Nous savons que, étrange retour en arrière, l’accès aux matières premières deviendra primordial et pas seulement pour l’énergie.

Il devient urgent de définir une troisième voie, qui comme les pays non-alignés du 20ème siècle, nous sorte de cette logique mortifère des blocs idéologiques. Car si, comme le disait Térence, rien de ce qui est humain ne m’est étranger  je sais aussi la leçon des siècles passés et de la manière dont sont traités ceux qui vivent dans les citadelles lorsqu’elles tombent.

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2 Responses to “La citadelle assiégée”

  1.   Jérôme Helbert Says:

    Je n’ose imaginer dans quel état se trouve le préfet là-bas en ce moment !

  2.   ledemoderateur Says:

    Une précision surprenante et absolument pas médiatisée: la France est, pour l’occasion, sortie de l’espace Schengen. Un exemple parmi d’autres du climat de « ville occupée » que de nombreux habitants ressentent en ce moment, chacun devant se munir de son « passe » pour circuler dans les rues sans se faire arrêter.